Voyage imaginaire et figurations de l'utopie : déplacements cyraniens d'un monde à l'autre

Jean-Charles Darmon

Membre honoraire de l’Institut Universitaire de France,
Professeur de Littérature française à l’université de Versailles-Saint-Quentin,
Ancien directeur-adjoint de l’Ecole normale supérieure de Paris (2006-2009),
Directeur du Centre de Recherche sur les Relations entre Littérature, Philosophie et Morale de l’ENS (USR 3308 CNRS-ENS).

Publications

Principales publications
Philosophie épicurienne et littérature au XVIIe siècle en France. Etudes sur Gassendi, Cyrano, La Fontaine, Saint-Évremond, Paris, P.U.F., collection “Perspectives littéraires”, 1998.
Philosophies de la Fable : La Fontaine et la crise du lyrisme, P.U.F, coll.”Ecritures”, 2003.
Le Songe libertin. Cyrano de Bergerac d’un monde à l’autre, Paris, Klincksieck, collection “Bibliothèque française et romane”, 2004.
L’athée, la politique et la mort. Essai suivi d’une édition de La Mort d’Agrippine de Cyrano de Bergerac, Encre Marine, collection “La Bibliothèque hédoniste”, 2006.
Philosophies du divertissement. Le Jardin imparfait des Modernes, Paris, Desjonquères, 2009.
Philosophies de la Fable. Poésie et pensée dans l’œuvre de La Fontaine, Paris, Hermann, 2011.
Littérature et philosophie au XVIIe siècle : nouvelles perspectives, sous la direction de Jean-Charles Darmon et E. Bury, Papers on French Seventeenth Century Literature, XXXV, 49 , 1998.
Les secrets de la lecture : Umberto Eco, entre Roman et Théorie, sous la direction de Jean-Charles Darmon et A. Morello, Dix-neuf/vingt (n°8), 1999.
Les Etats et Empires de la Lune et du Soleil de Cyrano de Bergerac, Littératures classiques, Jean-Charles Darmon dir., n° 53, octobre 2004.
Libertinage et politique au temps de la monarchie absolue, Littératures classiques, n°55, sous la direction de Jean-Charles Darmon et G. Molinié, été 2005.
Histoire de la France Littéraire (tome II : Les classicismes), Presses Universitaires de France, Quadrige, sous la direction de Jean-Charles Darmon et Michel Delon, février 2006, 849p.
Pierre Gassendi et la République des Lettres, actes de la journée d’étude de la Société d’étude du XVIIème siècle, sous la direction de Jean-Charles Darmon, revue XVIIème Siècle. Octobre 2006, n°233.
Le classicisme des modernes, sous la direction de Jean-Charles Darmon et P. Force, Revue d’Histoire Littéraire de la France , 2007, n°2.
Le moraliste, la politique et l’histoire : de La Rochefoucauld à Derrida, sous la direction de Jean-Charles Darmon, Editions Desjonquères, novembre 2007.
Les études françaises en France, sous la direction de Jean-Charles Darmon Cahiers de l’Association Internationale des Etudes Françaises, Mai 2008, n°60.
Pensée morale et genres littéraires, sous la direction de J-Ch. Darmon et Ph. Desan, Paris, PUF, 2008.
L’amitié et les sciences. De Descartes à Lévi-Strauss, sous la direction de Jean-Charles Darmon et F. Waquet, Paris, Hermann, 2010.
Littérature et vanité. La trace de L’Ecclésiaste de Michel de Montaigne aux temps présents, sous la direction de Jean-Charles Darmon, Paris, PUF, 2011.
Littérature et thérapeutique des passions. La catharsis en question, sous la direction de Jean-Charles Darmon, Paris, Hermann, 2011.

A paraître
Figures de l’imposture. Entre philosophie, sciences, et littérature Sous la direction de Jean-Charles Darmon, Paris, Desjonquères (sous presse).
Hors normes : Littérature et Droit, Sous la direction de Jean-Charles Darmon, Lissa Lincoln, Frédéric Worms, Paris, Desjonquères (à paraître en 2013).

Édition
Édition des Lettres satiriques et amoureuses, précédées des Lettres diverses, de Cyrano de Bergerac (Desjonquères). Présentation et repères biographiques par Jean-Charles Darmon ; édition, modernisation et notes par Jean-Charles Darmon et A. Mothu.(novembre 99).
Édition des Fables de La Fontaine, Edition, présentation et dossier par Jean-Charles Darmon, notes par Jean-Charles Darmon et S. Gruffat, Le Livre de poche, 2002.

Séance du 6 mars 2012 : Édition citées
Cyrano de Bergerac (Savinien de), Les Etats et Empires de la Lune et du Soleil (avec le fragment de Physique), édition critique, texte établi par M. Alcover, Paris, Honoré Champion, « Champion classiques », 2004.
Fontenelle (Bernard Le Bovier de), Histoire des Ajaoïens. Édition critique du manuscrit de Galatzi par Hans Günter Funke, Voltaire Foundation, Oxford, 1998.

Quelques éléments bibliographiques en relation avec le propos de mon intervention
Alcover, Madeleine, « Sysiphe au Parnasse : la réception des œuvres de Cyrano aux XVIIe et XVIIIe siècles », Œuvres et critiques, XX, 3, 1995, p.219-250.
- Introduction à Les États et Empires de la Lune et du Soleil (avec le fragment de Physique), édition critique, texte établi par M. Alcover, Paris, Honoré Champion, « Champion classiques » (en particulier les pages CLXXVIII-CLXXXIII).
Darmon, Jean-Charles, Philosophie épicurienne et littérature au XVIIe siècle en France. Etudes sur Gassendi, Cyrano, La Fontaine, Saint-Évremond. Paris, P.U.F., collection “Perspectives littéraires”, 1998.
- Le Songe libertin. Cyrano de Bergerac d’un monde à l’autre. Paris, Klincksieck, collection “Bibliothèque française et romane”, 2004.
- L’athée, la politique et la mort. Essai suivi d’une édition de La Mort d’Agrippine de Cyrano de Bergerac. Encre Marine, collection “La Bibliothèque hédoniste”, 2006.
- Les Etats et Empires de la Lune et du Soleil de Cyrano de Bergerac, Littératures classiques, J.-Ch. Darmon dir., n° 53, octobre 2004.
- Libertinage et politique au temps de la monarchie absolue, Littératures classiques, n°55, sous la direction de Jean-Charles Darmon et G. Molinié., été 2005.
- “Des « mondes à l’envers » sans monde à l’endroit : ironie et altérité dans la poétique libertine de Cyrano de Bergerac”, dans Parole de l’Autre et genres littéraires, XVIe-XVIIe siècles, Cahiers du Gadge, textes réunis par P. Servet et M.-H. Servet-Prat, Droz, 2008, pp.395-440.
- “Nature et imposture de Cyrano à Fontenelle”, in Fontenelle, l’histoire et la politique du temps présent, sous la direction de Jean Dagen, Revue Fontenelle, n°6-7, 2008-2009, pp.235-266.
Goux, Jean-Joseph, « Langage, monnaie, père, phallus dans l’utopie de Cyrano de Bergerac », Furor, 1987, pp.5-19.
Lafond, Jean, “Le monde à l’envers dans les Etats et Empires de la Lune, in L’image du monde renversé et ses représentatins littéraires et para-litttéraires de la fin du XVIe siècle au milieu du XVIIe, Paris, Vrin, 1979, p. p.129-139.
— “Burlesque et Spoudogeloion dans Les Etats et Empire de la Lune”, Actes du Colloque du Mans (1986), P.F.S.C.L., 1987, pp. 89-99.
Lerner, Michel, Tommaso Campanella en France au XVII°siècle, Bibliopolis, Istituto italiano per gli studi filosophici. Lezioni della scula di studi superiori in Napoli.17, 1995.
Marin, Louis, Utopiques. Jeux d’espace, Paris, Editions de Minuit, 1973.
Moreau, Pierre-François, Le récit utopique. Droit naturel et roman de l’Etat, Paris, PUF, « Pratiques théoriques », 1982.
Moureau, François, « Dyrcona exégète ou les réécritures de la Genèse selon Cyrano de Bergerac », Cahiers d’Histoire des Littératures romanes/ Romanistiche Zeitschrift für Literaturgeschichte, 21. Jahrgang (1997), Heft 3/4, p. 261-268.
Paganini, Gianni, « Legislatores » et « impostores ». Le Theophrastus redivivus et la thèse de l’imposture des religions au milieu du XVIIe siècle ». Sources antiques de l’irréligion moderne, éd.par D. Foucauld et J.-P. Cavaillé, Collection de l’E.C.R.I.T, n°6, Toulouse, 2001.
Prevot, Jacques, Cyrano de Bergerac romancier, Paris, Belin, 1977.
Racault, Jean-Michel, L’Utopie narrative en France et en Angleterre, (1675-1761), Oxford, University of Oxford, Studies on Voltaire, 280, 1991.
- Nulle part et ses environs. Voyage aux confins de l’utopie littéraire classique, 1657-1802, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, « Imago mundi ».
Ribard, Dinah, « L’utopie physique de Cyrano de Bergerac », in Bérengère Parmentier, Lectures de Cyrano de Bergerac, Presses Universitaires de Rennes, 2004.

Communication de Jean-Charles Darmon

Quelques citations
1. « Je pense, Messieurs, qu’on n’a jamais révoqué en doute que toutes les créatures sont produites par notre commune mère pour vivre en société. Or, si je prouve que l’homme semble n’être né que pour la rompre, ne prouverai-je pas qu’allant contre la fin de sa création, il mérite que la nature se repente de son ouvrage ?
La première et la plus fondamentale loi pour la manutention d’une république, c’est l’égalité ; mais l’homme ne la saurait endurer éternellement : il se rue sur nous pour nous manger ; il se fait accroire que nous n’avons été faits que pour lui ; il prend, pour argument de sa supériorité prétendue, la barbarie avec laquelle il nous massacre, et le peu de résistance qu’il trouve à forcer notre faiblesse, et ne veut pas avouer pour ses maître, les aigles, les condors et les griffons, par qui les plus robustes d’entre nous sont surmontés » (A.265)

2. « L’objet de la critique satirique se résout en un fourmillement de scandales, sans qu’ils soient jamais reliés à une essence saisie au niveau de la réalité sociale : la satire qui prétend révéler les dessous et les coulisses de chaque affaire humaine [...] n’imagine pas qu’il puisse y avoir une « clef » générale de l’ensemble des phénomènes sociaux – sauf peut-être dans le régime moral, la corruption des humains : mais elle est plutôt donnée comme thème de méditation que comme ressort explicatif. C’est que la société est un décor, et un arsenal d’exemples, et non un objet avec lequel on puisse prendre assez de distance pour y discerner un principe général de fonctionnement. Le texte de More au contraire, s’il puise dans l’arsenal traditionnel […] est animé d’un discours tout différent : il ne nomme les abus que pour les inscrire dans un système causal où ils prennent sens, il les faits apparaître non comme des vices inhérents à la nature humaine, mais comme les effets multiples d’une fait unique dégagé par le raisonnement et qui a valeur d’explication pour l’ensemble de la Cité »p.14-15 Et l’on remarquera que « […] La suite logique du discours critique de Raphaël est la description d’une société qui se donne comme autre dans son principe et non dans une modalité. » (Pierre-François Moreau, Le récit utopique. Droit naturel et roman de l’Etat. Paris, PUF, « Pratiques théoriques », 1982, p.17 p.17)

3. « Lorsque dans les Etats du Soleil le narrateur entend parler du royaume des Amoureux, la seule chose qu’il en apprend (et le lecteur avec lui) est que toute l’éducation y est conçue en vue de l’amour, que la faculté de Médecine elle-même y veille, et qu’une polygamie proportionnée aux forces de chacun couronne cet enseignement. Du fait que le narrateur est à ce moment-là accompagné de Campanella, on peut toujours inférer que l’allusion vise un royaume analogue, de près ou de loin, à la Cité du Soleil. Mais dans cette dernière, la communauté des sexes et le contrôle scientifique de la génération étaient présentés comme les conséquences d’une double décision sociale : le refus de la famille, coupable de perpétuer l’égoïsme et, par son intermédiaire, la propriété privée ; le culte du savoir, dont les applications rigoureuses doivent régénérer la collectivité humaine. Les divergences avec le connu y sont bien les conséquences d’un ordre : non pas le nôtre, certes, mais un autre, et aussi rigoureux. Rien de tel chez Cyrano : l’inconnu est exhibé sans être justifié ; même s’il appartient au registre du social, il se range, comme le rajeunissement du narrateur ou les animaux qui parlent, parmi les étrangetés de la Nature. » (Pierre-François Moreau, Op.cit., p.111)

4. « […] Campanella voulut s’enquérir plus au long des mœurs de son pays. Il lui demanda donc quelles étaient les lois et les coutumes du royaume des amants ; mais elle s’en excusa d’en parler, à cause que n’y étant pas née et ne le connaissant qu’à demi, elle craignait d’en dire plus ou moins.
[J’arrive] à la vérité de cette province, continua cette femme, mais je suis, moi et tous mes prédécesseurs, originaire du royaume de Vérité […] J’eus bien de la peine auparavant de m’apprivoiser à leurs coutumes. D’abord elles me semblèrent fort rudes, car, comme vous savez, les opinions que nous avons sucées avec le lait nous apparaissent toujours les plus raisonnables, et je ne faisais encore que d’arriver du royaume de Vérité, mon pays natal. » (A.338)

5. « Au fond, l’Utopie n’admet rien d’extérieur à elle-même : elle est à elle-même sa propre réalité. Dès lors – et c’est ce qu’affirme, dans la surface du texte, le regard descriptif à qui rien n’échappe – le ou les récits dans sa profondeur ne déploient la temporalité de la narration que pour la refermer dans un mouvement circulaire. Si la fondation, en tant que récit, est à la fois à la fin et au commencement du texte […] alors on comprend que le récit, qui paraissait compromettre la description en la déchirant dans la réalité du texte, la fonde ou tout au moins la conditionne » .

6. « A vrai dire, le discours utopique de More contient, comme texte, l’équivalent et le substitut de cet excès de dépense en pure perte : l’ironie, le serio ludere qui est, en quelque sorte, la dépense gratuite du sens, l’annulation du sens, de chaque sens, par son contraire. Le dialogue utopique est un jeu sérieux par lequel la signification du discours est mise en circulation pour être aussitôt retirée du circuit par un trait qui en efface la force univoque. Aussi le texte peut-il offrir à la lecture la consumation du signifié des signes en pure perte et la libération à vide des signifiants qui, jusque-là, semblaient cohérer avec lui. Un exemple [...] est l’opération de perte des noms propres en Utopie par l’indétermination du signifié référentiel porté par leur signifiant. Ainsi, lorsque le fleuve de l’île s’appelle le « Sans-Eau » ou le récitant même de la figure utopique, le « raconteur de bobards ». Ainsi, lorsque Cyrano institue certaines des lois des Etats de la lune en réalisant une expression métaphorique du langage ordinaire : chansons-monnaie ou fumets-aliments, etc. L’ironie, le spoudo-geloion, le comique sérieux constituent certains des procédés de la fête utopique dans le discours, la transgression de la loi du sens opéré sans souci de fondation du même sens, transgression qui, dans le même temps, libère, mais sans le dire, un autre sens qui est, dans le discours, la possibilité d’une pratique révolutionnaire du langage, car le langage est aussi une pratique parmi les autres et point seulement l’ordre réglé des signes, le système légal du discours. »

7. « Ces peuples ne reconnaissent aucun fondateur ni de leur république ni de leur Religion ; aussi n’y-a-t-il parmi eux ni secte ni parti soit dans la Religion soit sur les affaires de l’Etat. Ils n’ont ni livre sacré, ni loi écrite. Ils ont seulement certains principes émanés du sein de la Raison la plus saine & de la Nature même, Principes ! dont l’évidence et la certitude sont incontestables, & sur lesquels ils règlent & tous leurs sentiments & toutes leurs opinions. Cela étant ainsi, ces sentiments peuvent-ils manquer d’être sains et purs ? […] »

8. « Plus soumis que nous aux claires lumières d’une Raison saine & sans préjugés, ils ne vont pas inventer une chimérique époque pour y fixer la naissance des premières créatures, qu’on fait sortir (contre le Ier principe) des mains vides d’un Etre incompréhensible, invisible, inconnu & inventé à plaisir, à peu près comme un joueur de gibecière fait sortir une muscade de dessous un gobelet qu’il avait fait voir vide aux spectateurs. Les Ajaoïens plus raisonnables regardent comme leur mère cette nature que l’Expérience nous démontre être la Mère commune de toutes les créatures, qui, par une admirable circulation, sortent continuellement de son sein & y retournent de même . »

9. « De là les Ajaoïens concluent que ce que nous appelons âme, n’est autre chose qu’une partie de cette matière très subtile et très déliée qui règne dans toute la Nature, & qui est répandue dans tous les corps plus ou moins selon la nature de leur consistance. Cette matière a sa source dans le soleil d’où elle tire un mouvement continuel, c’est le feu le plus pur qui soit dans la Nature »

10. « Or il est certain que cette âme étant de même nature que dans tous les animaux, elle se dissipe à la mort de l’homme comme à celle des autres animaux ; ainsi tout ce que les Européens disent de l’immortalité de leur Ame n’est qu’une chimère, inventée par d’habiles politiques, leurs législateurs, pour les tenir dans une crainte continuelle d’un prétendu avenir, crainte qui doit rendre leur vie un tissu de misères et de frayeurs dont rien ne peut les exempter . »

11. « Encore est-ce un droit imaginaire que cet empire dont ils [les hommes] se flattent ; il sont au contraire si enclins à la servitude, que de peur de manquer à servir, ils se vendent les uns aux autres leur liberté. C’est ainsi que les jeunes sont esclaves de vieux, les pauvres des riches, les princes des monarques, et les monarques mêmes des lois qu’ils ont établies. Mais avec tout cela ces pauvres serfs ont si peur de manquer de maîtres que, comme s’ils appréhendaient que la liberté ne leur vînt de quelque endroit non attendu, ils se forgent des dieux de toutes parts, dans l’eau, dans l’air, dans le feu, sous la terre ; il en feront plutôt de bois, qu’ils n’en aient, et je crois même qu’ils se chatouillent des fausses espérances de l’immortalité, moins par l’horreur dont le non-être les effraie, que par la crainte qu’ils ont de n’avoir pas qui leur commande après la mort. »

12 . « Voilà le bel effet de cette fantastique monarchie et de cet empire si naturel de l’homme sur les animaux et sur nous-mêmes, car son insolence a été jusque-là. Cependant, en conséquence de cette principauté ridicule, il s’attribue tout joliment sur nous le droit de vie et de mort ; il nous dresse des embuscades, il nous enchaîne, il nous jette en prison, il nous égorge, il nous mange, et, de la puissance de tuer ceux qui sont demeurés libres, il fait un prix à la noblesse. Il pense que le soleil s’est allumé pour l’éclairer à nous faire la guerre ; que Nature nous a permis d’étendre nos promenades dans le ciel, afin seulement que de notre vol il puisse tirer de malheureux ou favorables auspices ; et quand Dieu mit des entrailles dedans notre corps, qu’il n’eut intention que de faire un grand livre où l’homme pût apprendre la science des choses futures. » (A. 266)

13. « (…) Mais, direz-vous, toutes les lois de notre monde font retentir avec soin ce respect qu’on doit aux vieillards. — Il est vrai, mais aussi tous ceux qui ont introduit des lois ont été des vieillards qui craignaient que les jeunes ne les dépossédassent justement de l’autorité qu’ils avaient extorquée, et ont fait comme les législateurs aux fausses religions un mystère de ce qu’ils n’ont pu prouver » (A.104 ; je souligne).

14. « Un jour, entre autres, j’apparus à Cardan comme il étudiait ; je l’instruisais de quantité de choses, et en récompense il me promit qu’il témoignerait à la postérité de qui il tenait les miracles qu’il s’attendait d’écrire. J’y vis Agrippa, l’abbé Tritème, le docteur Faust, La Brosse, César, et une certaine cabale de jeunes gens que le vulgaire a connus sous le nom de chevaliers de la Rose-Croix, à qui j’enseignai quantité de souplesses et de secrets naturels, qui sans doute les auront fait passer pour de grands magiciens. Je connus aussi Campanella ; ce fut moi qui l’avisai, pendant qu’il était à l’Inquisition de Rome, de styler son visage et son corps aux grimaces et aux postures ordinaires de ceux dont il avait besoin de connaître l’intérieur, afin d’exciter chez soi par une même assiette les pensées que cette même situation avait appelées dans ses adversaires, parce qu’ainsi il ménagerait mieux leur âme quand il la connaîtrait. » (A. 57. Je souligne)

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6 mars