Le voyage en Égypte de Jean-Jacques Ampère

Jean-Jacques Ampère (1800-1864), historien et spécialiste des mythologies comparées, laisse plusieurs récits de voyage, dont un beau "Voyage en Égypte et en Nubie" (1846-1849). Parti en Egypte sur les traces de Champollion, Ampère accomplit la traditionnelle remontée de la vallée du Nil pour estamper de nombreuses inscriptions hiéroglyphiques. Nullement insensible à l'Egypte contemporaine, il ne peut s'empêcher de projeter sur elle des images issues du passé pharaonique, par exemple pour décrire les habitations (des "tombeaux") des fellahs, la population paysanne dont il dénonce l'exploitation par le vice-roi Méhémet-Ali. Le chapitre qu'il consacre au site de Thèbes fait quant à lui appel à toutes les ressources stylistiques de l'analogie spatiale, pour faire voir des monuments gigantesques comparés tantôt à ceux de Rome, tantôt à ceux d'Athènes, tantôt encore (c'est là un morceau de bravoure descriptive) à ceux de... Paris, dans une perspective non hiérarchique de l'histoire des civilisations. Mais l'aspect le plus surprenant de ce Voyage de vulgarisation scientifique est sans doute le fait qu'il semble par moment libérer un sujet lyrique (Ampère a toujours eu le goût des lettres, en particulier de la poésie), qui révèle un véritable bonheur d'écrire, sorte de jouissance textuelle au second degré, après celle du copiste en voyage – Ampère insiste sur le plaisir quasiment physique que lui procure l'estampage des hiéroglyphes.

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20 novembre