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Publiée le dim 16/05/2021 - 11:23
affiche

FRONTIÈRES

Colloque bisannuel du CIR 17 (Centre International de Rencontres sur le XVIIsiècle), 

organisé par l’Université d’Artois (62000 – Arras, France)

Les 19, 20, 21 et 22 mai 2021, en ligne.

Le XIXsiècle a fait du XVIIle moment où se seraient définies, dans un même mouvement, les frontières externes et internes de la littérature et de l’État Nation. Les deux processus en venaient à se superposer quand un style ou une esthétique se revendiquaient comme « national » (ainsi de la galanterie française). Dans les dernières décennies, les critiques de la notion de classicisme et les nouvelles approches de l’histoire littéraire nourries par la bibliographie matérielle et les sciences sociales ont mis en lumière le caractère mouvant, brouillé et essentiellement polémique de ces frontières.

La frontière est d’abord une ligne de front. Les conflits frontaliers qui se développent au XVIIesiècle (particulièrement actifs dans la région des Flandres) se traduisent par des opérations militaires, mais aussi par une abondante production écrite (l’intéressante allégorie théâtrale et politique Europe, 1643, de Desmarets de Saint-Sorlin, les textes traitant des conflits espagnols, voire les utopies, où la notion de frontière entre l’ici et l’ailleurs est essentielle). En même temps, le genre de la carte allégorique utilise la métaphore de la frontière pour définir des groupes sociaux, des courants et des genres, et les querelles littéraires (querelle autour de la galanterie, querelles théâtrales, querelle des Anciens et Modernes) se donnent à voir comme autant de conflits sur les frontières, sans oublier la question des limites entre ce qui relève du laïc et ce qui relève du religieux, entre le privé et le public, entre le moral et l’immoral, entre la littérature (en passe d’une nouvelle définition) et ce qu’elle n’est pas.

La transformation de la ligne de front en frontière, de la force en pouvoir, passe par une opération de représentation : la carte, le tableau, la description, les institutions fixent alors les frontières. Les villes conquises par Louis XIV font ainsi immédiatement l’objet de séries de représentations peintes ou gravées (voir la récente exposition du Louvre, La France vue du Grand Siècle). La frontière se matérialise aussi sur le territoire, de manière durable (les forteresses de Vauban, les portes érigées à l’entrée des villes) ou éphémère (les arcs de triomphe des entrées royales). La frontière apparaît comme une figure du pouvoir et son franchissement, à l’occasion des entrées royales ou des mariages, est fortement ritualisé. Ces mises en scènes du franchissement des frontières superposent à l’image de la limite une autre interprétation de la frontière, comme zone de circulation, de dialogues et d’échanges entre des pouvoirs à la fois partenaires et rivaux. La circulation (autorisée ou clandestine) et la traduction des livres (des étrangers, des exilés) mettent ainsi en jeu les frontières politiques et linguistiques: situer un livre dans cette zone – par exemple en utilisant une fausse adresse d’imprimeur – est un moyen de le placer en dehors de l’emprise du pouvoir et de sa censure. 

Ces franchissements, réels ou fictifs, mettent en lumière le caractère poreux des frontières : sur le territoire comme en littérature, tracer des frontières revient à revendiquer des valeurs et des hiérarchies, tout en ouvrant des espaces de conflits, d’échanges et de transgressions. La frontière apparaît comme une zone marginale dotée d’une créativité propre. Brouiller les frontières, par exemple en multipliant les langues ou les genres au sein d’un même ouvrage, consiste à mettre en place un espace de liberté pour la création et l’action, en résistance contre une tendance (politique) à établir et valoriser les limites. Le burlesque, fréquemment utilisé dans des ouvrages polémiques, est ainsi porteur d’une dérision généralisée qui bouleverse et transgresse les frontières linguistiques et génériques, et décompose leurs hiérarchies, écho des hiérarchies du monde réel. Le mélange des arts dans les divertissements de cour tend à effacer les frontières (artistiques) pour figurer l’union de la nation. Les récits qui brouillent les frontières entre histoire et fiction (comme les nouvelles historiques), entre fiction et science (comme Les États et empires de la Lune et du Soleil de Cyrano de Bergerac), cherchent à atteindre de nouveaux publics et à constituer de nouveaux modes d’adhésion, à créer une littérature moderne, quitte à ne pas choisir entre anciens et modernes, tel La Fontaine. 

Ce sont ces usages littéraires, artistiques et historiques de la frontière, ligne de front, limite de territoires et de pouvoirs, zone d’échanges, de négociations et de transgressions, que nous nous proposons d’interroger. Les questions suivantes (sans exclusive) pourraient être abordées :

- Comment les frontières sont-elles définies dans les conflits, qu’ils soient historiques, politiques, littéraires ou religieux, qui traversent le siècle ? Quels pouvoirs, quelles valeurs sont mis en jeu ? 

- Quel usage la littérature et les arts font-ils de la notion de frontière (au sens propre ou au sens métaphorique) et des idées corollaires de nation, d’identité, dans leur processus d’institution ?

- Quelles relations avec les institutions (politiques, administratives, religieuses) les représentations littéraires et artistiques construisent-elles, au moment où la littérature tente de conquérir une autonomie qui lui reste contestée ?

- Comment la littérature et les arts tracent-ils des frontières internes, pour quoi faire et avec quelle efficacité ? Quelles inventions nouvelles, quelles actions spécifiques sont rendues possibles par les choix esthétiques du mélange des disciplines, des arts, des genres ou des tons ?

- Comment les écrits et les usages qu’ils font des frontières articulent-ils confirmation, transgression, résistance aux pouvoirs? 

- Quelles relations les figures de contrebandiers, de voyageurs, ou d’exilés entretiennent-elles avec la frontière et le pouvoir qu’elle représente ? De quels choix esthétiques le franchissement des frontières s’accompagne-t-il ? 

- La transgression des frontières politiques va-t-elle de pair avec celle des frontières entre les styles ou les genres ?

Comité scientifique

Christian Biet (Université Paris-Nanterre), Benoît Bolduc (New York University), Marion Brétéché (Université d’Orléans), Markus Castor (Directeur de recherches, Centre allemand d’histoire de l’art), Delphine Denis (Université de Paris-Sorbonne), Nathalie Grande (Université de Nantes), Sophie Houdard (Paris III-Sorbonne nouvelle), Lise Michel (Université de Lausanne), Buford Norman (University of South Carolina), Guillaume Peureux (Université de Paris-Nanterre), Pierre Ronzeaud (Université d’Aix-en-Provence), Volker Schröder (Princeton University), Jean-Pierre Van Elslande (Université de Neuchâtel), Alain Viala (Oxford University).

Comité d’organisation

- pour l’Université d’Artois, Claudine Nédelec (clnedelec@yahoo.fr) et Marine Roussillon (marine.roussillon@wanadoo.fr)

- pour le CIR 17, Jean Leclerc (jlecler@uwo.ca) et Gilles Declercq (gilles.declercq@univ-paris3.fr).

Programme 

en ligne sur inscription – 19-22 mai 2021:

https://evenements.univ-artois.fr/e/242/xvie-colloque-du-cir17-frontieres

MERCREDI 19 MAI – 14H-18H

14h –   Accueil par Claudine Nédelec et Marine Roussillon ; allocution de Jean Leclerc, Président du CIR 17, et de Gilles Declercq, secrétaire général.

14h30 – Conférence inaugurale d’Alain Viala :

« Champs, bornes et terrae incognitae : l’expérience des rencontres galantes »

15h – Tracer les frontières

Présidence : Jean Leclerc

Julien Le Mauff : « Penser la frontière au premier XVIIe siècle : réalités d’un concept en formation »

Nicolas Correard : « Le regard des dieux passe-t-il les frontières ? Satires ménippées et “folies d’Europe” »

Jean-François Courouau : « La frontière invisible entre gascon et languedocien au XVIIe siècle »

15h30. Discussion

Présidence : Marcella Leopizzi

Hervé Baudry : « Censure et frontières : pour une cartographie européenne »

Simon Gabay : « Chercher la frontière : le théâtre classique en cartes »

16h10. Discussion

16h30 – Franchir les frontières

Présidence : Benoît Bolduc

Pierre Ronzeaud : « Un lieu obsidional et obsessionnel dans un non-lieu : la frontière dans les utopies de Foigny, Fontenelle, Gilbert et Veiras »

Sylvie Requemora : « Le rituel initiatique de la frontière dans les récits de voyages : des rhadars terrestres au carnaval de la ligne maritime »

Marcella Leopizzi : « L’ici et l’ailleurs dans La Maison des Jeux de Charles Sorel »

17h. Discussion

Présidence : Pierre Ronzeaud

Isabelle Trivisani-Moreau : « Le passage clandestin : mises en récit de la frontière dans quelques écrits autobiographiques protestants de la fin du XVIIe siècle »

Aloisio Antinori : « De la contestation de l’hégémonie italienne au franchissement des frontières. Le cas de l’architecte Mattia De Rossi »

Yohann Deguin : « Courriers internationaux : l’auteur, le lecteur, le censeur »

17h50. Discussion.

JEUDI 20 MAI –  14H-17H15

14h – Conférence de Marie-Élisabeth Henneau et Julie Piront

« Des religieuses face au monde protestant : expériences et représentations des frontières aux avant-postes de la Dorsale catholique durant la guerre de Trente Ans »

14h30 – Repousser les frontières : conquêtes et conflits

Présidence : Gilles Declercq

Marie-Claude Canova-Green : « La Bidassoa à l’heure des mariages espagnols (1615-1660) »

Fadi El Hage : « La frontière rassurante et inquiétante : l’expansion des frontières septentrionale et orientale de la France au XVIIe siècle chez les mémorialistes et diaristes français »

Anne Piéjus : « Les conquêtes territoriales de Louis XIV dans l’air et la chanson, de la guerre de Hollande à celle de Succession d’Espagne »

15h – Discussion

Présidence : Claudine Nédelec

Anthony Saudrais : « Du dessein artistique à la réalisation d’un monument frontalier : l’arc de triomphe »

Joséphine Gardon : « Les frontières de Faramond : élaborer le mythe des frontières naturelles »

Francine Wild : « La délimitation du territoire dans les poèmes héroïques »

15h 50 – Discussion

16h10 – Frontières et création (1)

Présidence : Marine Roussillon

Jean-Luc Robin : « Démarcation ou indiscipline ? Enquête sur la différentiation des champs au XVIIe siècle »

Nicolas Garroté : « Extension du domaine de l’amour : frontières du jardin et frontières de l’échange dans la correspondance de Mme de Sévigné »

Sophie Rollin : « Vincent Voiture : un passeur de frontières »

Alexander Roose : « Pascal : pensées de la limite »

17h – Discussion

17h30-18h45

Assemblée générale et CA du CIR 17

VENDREDI 21 MAI – 14H-16H30

14h – Frontières et création (2)

Présidence : Anne Piéjus

Benoît Bolduc : « La fête sans frontière ou l’“agréable communication” des fêtes européennes dans la Gazette »

Marta Teixeira Anacleto : « Les enjeux des frontières dans la tragi-comédie pastorale (ou les équivoques de la “constitution mixte”) »

Stella Spriet : « Comment rivaliser avec l’opéra italien ? La réponse proposée par Corneille dans Andromède (1650) »

14h30 – Discussion

14h50 – Frontières et transgressions

Présidence : Marta Teixeira Anacleto

Laurence Giavarini : « Passer les bornes ? Le fait nobiliaire des mémoires (autour de Courtilz de Sandras) »

Judith le Blanc : « Les airs migrateurs de Lully, facteurs de porosité des frontières »

Céline Paringaux : « Frontières linguistiques dans la comédie moliéresque »

Pierre-Louis Rosenfeld : « Le tracé dans l’œil ou la frontière comme obsession dramaturgique chez Georges de Scudéry »

15h30 – Discussion

Présidence : Alain Viala

Grégoire Menu : « Une frontière disputée : Nicolas Caussin, confesseur de Louis XIII, sur la ligne de front séparant politique et religieux »

Aurélie Bonnefoy-Lucheri : « Brouillage des frontières entre public et privé dans les Historiettes de Tallemant des Réaux »

Delphine Calle : « L’amitié, “le Rempart des Cités” »

16h20 – Discussion

SAMEDI 22 MAI – 14H -16H.

14h – Territoires frontaliers

Présidence : Sophie Rollin

Marianne Closson : « Les îles flottantes ou l’impossible frontière »

Jörn Steigerwald : « Le Forez ou la frontière entre civilisation et héroïsme (à propos de l’histoire d’Alcippe, L’Astrée, I, 2) »

Clément Van Hamme : « Venise frontière de France : Venise face à la menace turque dans la littérature française du XVIIesiècle »

Romain Jobez : « Aux confins des empires : considérations géopolitiques excentrées sur le martyre de la reine géorgienne Kétévane »

14h50 Discussion

Présidence : Isabelle Trivisani-Moreau

Isaure Boitel : « Repousser la frontière. De l’intégration de la Flandre au royaume de France pendant le règne de Louis XIV »

Andrea Grewe : « La Princesse de Clèves à Amsterdam – Les Flandres et les Pays-Bas du Nord comme zone de contact entre la France et les pays de langue germanique »

15h30. Discussion

 

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