Voyager dans les séries télévisées situées au XIXe siècle

The Gilded age

   

20 janvier 2023. Appel à Contributions

   La série Le Tour du monde en 80 jours (France TV/Rai/ZDF, 2022) constitue un bon exemple du renouvellement des fictions historiques auquel on assiste depuis quelques années. Les personnages sont à la fois plus divers (un personnage féminin est rajouté dès le début de l’expédition) et dotés d’une psychologie plus complexe ; la narration est émaillée de micro-intrigues et d’analepses ; et la série célèbre, avec anachronismes et intertextualité cinématographique, les décors et la technologie du XIXe siècle victorien. La question demeure : que fait cette série, et d’une manière générale, que font les séries historiques, du thème central dans le roman de Jules Verne, celui du voyage ?

   Que ce soit par le voyage temporel, l’uchronie ou les archétypes de la Fantasy, « l’ailleurs » apparaît selon des tropes et motifs évocateurs de la posture de l’explorateur, du gentleman bourlingueur ou du colon issus de la littérature du XIXe siècle. Ainsi, les séries steampunk emploient des figures de mercenaires et de globe-trotteurs, non sans référents historiques précis, comme celui de l’expédition pour trouver la source du Nil dans Penny Dreadful (ITV, 2014-2017) ou de l’explorateur Joseph-Elzéard Bernier dans Murdoch Mysteries (CBC, 2008-).

   Quand les personnages voyagent réellement, ce sont les moyens de transport qui sont objets d'attention, à la fois pour leur esthétique et pour leur capacité à fournir des dispositifs narratifs singuliers. La minisérie Dracula (Netflix, 2020) réalise tout un épisode sur la macabre traversée de la Manche par Dracula, alors que cette étape fait l’objet d’une ellipse dans le roman de Bram Stoker. Dans Murdoch Mysteries (CBC, 2008), le protagoniste éponyme se rend fréquemment en-dehors de sa ville de Toronto pour résoudre des enquêtes, mais les trajets en calèche ou en train sont eux-mêmes déjà des parcours périlleux, qui vont en réalité occuper toute la durée de l’épisode. Temps suspendu, course contre la montre comme dans Le Tour du monde en 80 jours : les aléas du voyage à l'ère de la Révolution industrielle sont toujours affaire de rythme dans les séries néo-victoriennes.

   L'itinéraire vers la grande ville constitue une étape majeure dans la série de type « coming-of-age » : si les séries « Austen mania » nous plongent aussitôt dans l’univers mondain des débutantes, le voyage pour s’émanciper devient surtout important pour la jeune fille de la fin du XIXe siècle, comme dans le feuilleton biopic Dickinson (Apple TV, 2019-2021) qui montre l’arrivée de la future poétesse à Boston. Plus rarement, la femme s’embarque pour des contrées lointaines, en quête d’aventures et de réussite : dans The Luminaries (TVNZ, 2020), une orpheline part pour la Nouvelle-Zélande alors en pleine ruée vers l’or.

   Même lorsque les séries néo-victoriennes ne présentent pas à proprement parler de voyage, elles évoquent l’altérité géographique et culturelle, parce que Londres est une ville cosmopolite vers où le monde entier converge. De nombreux épisodes de Ripper street (BBC, 2012-2018) se passent ainsi dans divers quartiers immigrés, de Chinatown aux habitations insalubres peuplées d'Irlandais dans l’Est End. Le personnage néo-victorien revient souvent d’ailleurs, qu’il soit un ancien explorateur (Malcolm Murray et l’égyptologue Mr Lyle dans Penny Dreadful), un colon (Taboo, BBC, 2017) ou un vétéran (Poldark [BBC, 2015] ). Il est alors hanté par son passé traumatique, ses souvenirs lui reviennent sous forme de flashbacks douloureux, selon des modalités tout à fait emblématiques des séries télévisées en général.

Ce futur numéro de la revue en ligne Astrolabe accueillera donc des contributions qui porteront sur le thème du voyage dans les séries (feuilletons, miniséries, téléfilms en plusieurs épisodes) de toutes nationalités. L’intrigue doit cependant être située dans le « long » XIXe siècle.  Parmi les axes de réflexion possibles, on pourra notamment s’intéresser aux suivants :

  • Comment le format sériel (feuilleton, diversité de personnages, backstory, arcs narratifs, épisodes standalone, multiples flashbacks) imprime-t-il les modalités narratives du voyage dans ces productions? 
  • Le format sériel est-il une manière de renouer avec un imaginaire sériel et une culture médiatique du XIXe siècle liés au voyage, celui du roman-feuilleton, du carnet de voyage, du reportage immersif ?
  • Les séries situées au XIXe siècle, souvent intertextuelles et transfictionnelles, offrent-elles aussi des « voyages » dans la littérature du XIXe siècle, par exemple en spatialisant/déplaçant les personnages emblématiques comme Frankenstein, Dracula ou Sherlock Holmes ?
  • Quels parallèles et croisements peut-on opérer entre escapisme dans le passé et l’ailleurs géographique ?  Les séries, ainsi que leur paratexte (bonus, making of) nous apprennent-elles des choses sur l’Histoire en reprenant certains tropes du documentaire à la façon de Discovery Channel ou National Geographic ?
  • Quels types de projections note-t-on, dans les séries situées au XIXe siècle, sur des formes de voyage révolues (l’expédition archéologique, la quête d’or), des archétypes géographiques, des moyens de mobilité (le train à vapeur, le zeppelin, le paquebot), des itinéraires devenus mythiques (la croisière sur le Nil, la traversée du Sahara, le voyage à bord de l’Orient-Express ou la traversée transatlantique) ou encore des modes de loisirs du XIXe siècle (le séjour à la campagne) qui en disent autant sur notre époque que sur le passé ?
  • Comment les motifs associés au voyage sont-ils utilisés par ces séries pour circuler dans un imaginaire social désormais ouvert et mondialisé du XIXe siècle ? Le voyage n’est-il pas une manière d’offrir une vision différente du XIXe siècle, en attachant davantage d’importance aux colonies, aux personnages venus d’autres sphères géographiques que l’Europe occidentale, ou bien à d’autres communautés culturelles (peuples autochtones dans les séries américaines, tsiganes ou nomades en Europe) au sein même de l’hémisphère septentrional ? 

 

Les auteurs sont invités à envoyer avant le 20 janvier 2023 une proposition présentant en 500 mots environ leur projet d’article, accompagnée d’une courte bio-bibliographie. Les articles définitifs, d’une longueur maximale de 35 000 signes, devront être envoyés avant le 1er juin 2023.

 

Direction

Jessy NEAU, Université de Mayotte

 

Comité scientifique

Isabelle-Rachel Casta (PR), Université d’Artois

Claire CORNILLON (MCF), Unîmes

Caroline JULLIOT (MCF HDR), Université du Mans

Matthieu LETOURNEUX (PR), Université Paris Nanterre

Marie PASCAL (Assistant Professor), Western University

Valérie STIENON (PR), Université Paris XIII

Shannon WELLES-LASSAGNE (PR), Université de Bourgogne

 

Les normes de la revue sont consultables en ligne : https://astrolabe.msh.uca.fr/normes-aux-auteurs

Les propositions et les articles doivent être transmis sous format Word à jessy.neau@univ-montp3.fr