Le genre viatique au défi de Munchausen : tribulations d'un voyageur atypique

      L'œuvre généralement connue sous le titre Les Aventures du Baron Munchausen, et le plus souvent traitée comme un roman, correspond en réalité à une nébuleuse foisonnante de textes et d'images dont on serait bien en peine de déterminer le centre, et qui continue de se développer, rassemblant des titres et des auteurs divers, dans une demi-douzaine de langues, et un contenu tout aussi varié en dépit de quelques éléments relativement stables quelles que soient l'époque et l'origine géographique. Cette œuvre dont l'unicité et la cohérence semblent donc rien moins qu'assurée a également changé d'identité au fil du temps, passant du genre facétieux à la littérature viatique, avant de finalement s'inscrire dans le corpus des « livres pour la jeunesse », dont elle n'est jamais vraiment sortie par la suite.

      Pendant un peu plus d'un siècle, en tout cas, Munchausen a été perçu principalement comme un récit de voyage, ce qu'il n'était assurément pas au départ (1781), puis qu'il a cessé d'être au début du XXe siècle. Cette généricité changeante et le caractère fortement atypique de l'œuvre nous induisent, par contrecoup, à interroger le concept même de littérature viatique : si le héros titulaire se déplace beaucoup (du moins dans certaines versions du texte), on va voir qu'il est parfois malaisé de le qualifier simplement de « voyageur », et ce qu'il raconte de « récit de voyage », en dépit des apparences. Après avoir tracé une rapide esquisse de la « nébuleuse Munchausen » de la fin du XVIIIe siècle à nos jours, nous examinerons donc de plus près la figure du péripatétique baron pour en tirer quelques réflexions sur la nature des récits où le voyage tient une place plus ou moins importante sans toujours en constituer la topique principale.

      Les origines du mythos Munchausen

      Il convient avant tout de préciser que ce que nous étudions ici, et que nous appellerons par commodité Munchausen[1], n'a jamais été un roman au sens le plus conventionnel du terme, c'est-à-dire un texte narratif avec un début, un milieu et une fin. J'ai parlé ci-dessus de « nébuleuse Munchausen » ; on aurait pu parler d'épopée, en écho à ce que les germanistes nomment Münchhausiaden (comme il y eut une Françiade et une Henriade, mais aussi des « gasconnades[2] ») ou encore de Münchhausiana[3]. Plus exact me semble le vocable de « mythos », communément utilisé à propos de H. P. Lovecraft[4] : un univers fictionnel fondé par une œuvre ou une série d’œuvres, et qui donne ultérieurement matière à d’autres œuvres par divers auteurs (y compris l’auteur originel), multipliables à l’infini, et pouvant avoir des rapports très variables avec le(s) texte(s) fondateur(s). On distinguera donc le mythos de l'œuvre dont il existe plusieurs versions produites par le même auteur (par exemple « Le Horla » de Maupassant), de l'œuvre dont il existe plusieurs versions par plusieurs auteurs (l'Antigone de Sophocle, d'Anouilh, de Brecht…), de l'ensemble d’œuvres qui forment une unité narrative (les sept romans d'À la recherche du temps perdu de Proust) et enfin de l'ensemble d’œuvres sur des thèmes, des sujet ou des personnages connexes, mais qui ne forment pas une unité narrative (La Comédie humaine de Balzac, Les Rougon-Macquart de Zola…).

      La source de ce mythos appartient à la littérature orale : il consiste en une série d'anecdotes (dont le nombre et la teneur exacts restent inconnus) que Karl Friedrich Hieronymus, Freiherr von Münchhausen (né et mort à Bodenwerder, district de Hanovre[5], 11 mai 1720 - 22 février 1797) aimait à raconter à un cercle d'amis réunis chez lui. La toute première manifestation imprimée[6] de ces histoires parut en 1781-83 à Berlin dans le Vade Mecum für lustige Leute (« Manuel pour joyeux lurons »), sous forme de dix-huit vignettes : « M–h–s–nsche Geschichten » (seize « Histoires M–h–s–iennes ») et « Noch zwey M— Lügen » (« Deux autres galéjades de M–.»)[7]. La courte préface indique que l'auteur de ces contes est un personnage bien connu de la région de Hanovre, mais sans donner son nom complet, ni préciser que le fondement des anecdotes dont Münchhausen régalait ses hôtes résidait dans ses campagnes militaires des années 1740-60, lorsqu'il servit dans un régiment de cuirassiers germaniques à la solde du tsar, ce qui lui valut de séjourner en Russie, à Riga en Livonie (Lettonie) et en Ukraine, jusqu'en Crimée.         

      Dans cet embryon de Munchausen qui sera considérablement développé par la suite, on trouve essentiellement des anecdotes où le héros se trouve confronté à divers animaux – ours, loup, sangliers, cerf, renard, lièvre, canards – dans un cadre cynégétique, se retrouvant lui-même parfois en péril de devenir leur proie. De voyage, il n'est que fort peu question, et le déplacement vers la Russie, outre son caractère autobiographique avéré, sert surtout à offrir un décor propice de paysages spectaculairement enneigés, de températures glaciales (où même les notes de musique gèlent) et de forêts abondamment giboyeuses. Un périple en Turquie est évoqué de la manière la plus lapidaire, en une phrase, dans l'historiette où Münchhausen se rend sur la lune, grâce à un haricot magique, voyage dont on sait que le hoberau de Bodenwerder ne l'a évidemment pas accompli, mais surtout pas même inventé, puisqu'il renvoie à une très ancienne tradition remontant au moins à L'Histoire véritable (Ἀληθῆ διηγήματα) de Lucien de Samosate, grand classique du genre rédigé au IIe siècle.

      Le baron voyageur

      C'est dans une troisième phase que s'opère la transformation du baron en voyageur, lorsque paraît à Londres en 1785 un mince volume intitulé Baron Munchausen's narrative of his marvellous travels and campaigns in Russia [Le Récit par le baron Munchausen de ses voyages merveilleux et de ses campagnes militaires en Russie][8], qui va dans l'année connaître plusieurs rééditions augmentées. L'auteur restait anonyme, mais on a pu ensuite déterminer qu'il s'agissait de Rudolph Erich Raspe[9], un érudit hanovrien qui avait peut-être fréquenté le salon du baron, et qui serait vraisemblablement aussi responsable des fragments parus dans le Vade Mecum für lustige Leute quatre ans plus tôt. Pour autant qu'on puisse en juger (aucun exemplaire du volume de 1785 n'ayant semble-t-il survécu), la première mouture de Baron Munchausen's narrative consistait à peu de choses près en une traduction en anglais des historiettes de 1781-83, mais sous une forme passablement remaniée, enrichie de force détails et de commentaires où la voix du narrateur se fait entendre beaucoup plus généreusement, sur une cinquantaine de pages.

      Toutefois, une « nouvelle édition » vint quelques mois plus tard ajouter au texte souche une seconde partie, « Baron Munchausen's Adventures at Sea », comprenant cinq « Marine stories », soit une trentaine de pages supplémentaires, et agrémentée de quatre gravures[10]. Cet ajout modifiait sensiblement la nature de l'ensemble, où la dimension viatique se trouvait désormais mise en avant, ainsi qu'en atteste le nouveau titre : The Singular Travels, Campaigns, Voyages, and Sporting Adventures of Baron Munnikhouson, Commonly Pronounced Munchausen [Les Singuliers Voyages, campagnes militaires, périples maritimes et aventures cynégétiques du baron Munnikhouson, communément prononcé Munchausen].

      Le changement n'est pas seulement quantitatif, car ces anecdotes « marines » reflètent un autre mode narratif, et ce sur deux points. La série originale était fondée sur un procédé d'amplification à partir de déplacements attestés – même le voyage dans la lune se justifiait rhétoriquement par une métonymie : Münchhausen n'alla certes jamais en Turquie, mais il combattit les armées du « Grand Seigneur », et aurait donc pu plausiblement être fait prisonnier et réduit en esclavage à Constantinople. Dans les « Marine stories », en revanche, le héros se retrouve dans des endroits où le vrai baron n'a jamais mis les pieds (Portsmouth en Angleterre et l'embouchure du Saint-Laurent au Canada ; Marseille ; la mer de Marmara ; l'Égypte). De plus, la dernière histoire « marine » se révèle totalement hétérodoxe : non seulement il n'y est pas question de mer, mais il n'y est même pas question de Münchhausen.

      Bien que tout ceci laisse à penser que la seconde partie pourrait avoir été rédigée par un autre auteur que Raspe, il n'en reste pas moins qu'elle amorce le repositionnement de Munchausen en tant que récit de voyage, stratégie tout à fait opportune dans la mesure où le genre déjà ancien des facetiae était passé de mode, tandis que la littérature viatique connaissait une extraordinaire vogue depuis l'œuvre inaugurale de Defoe (1719), dont le titre complet – The Life and Strange Surprizing Adventures of Robinson Crusoe, Of York, Mariner – préfigure déjà celui qui sera donné à certaines versions de la saga du baron : The Surprising Adventures of Baron Munchhausen[11].

      Un nouveau Gulliver

      Le phénomène s'accéléra avec une rapidité fulgurante au fil des éditions qui se mirent alors à proliférer, en Angleterre, mais aussi en Allemagne, où le poète romantique Bürger (célèbre pour une ballade macabre, Lenore), « relocalisa » Munchhausen dans sa langue natale dès 1786, en insitant sur le fait qu'il était question de voyage (« Wunderbare Reisen »)[12]. Cette même année, une version augmentée raccrochait l'œuvre à un autre parangon de la littérature viatique : Gulliver Revived, or, The Singular Travels, Campaigns, Voyages, and Adventures of Baron […] Munchausen[13]. De fait, le récit du baron n'a presque rien à voir avec les tribulations de Lemuel Gulliver, avatar de Candide plus que de Robinson, et que Jonathan Swift faisait errer en 1726 dans des « nations éloignées » (mais toutes fictives) du globe[14], si ce n'est la narration à la première personne contribuant à un brouillage entre une certaine plausibilité autobiographique et l'affabulation manifeste.

      Les effets de cette association quelque peu hasardeuse se révélèrent néanmoins profonds et durables sur la nature même de Munchausen, où le fonds « facétieux » d'origine se trouva noyé dans une masse croissante d'histoires (pas toujours inédites) qui projetaient le héros aux quatre coins de la planète et dans l'espace. On en jugera par le titre de la « Sixième édition, considérablement élargie » – elle compte désormais plus de 250 pages – dont l'énoncé semble grotesquement pléthorique :

Gulliver Revived : or, the vice of lying properly exposed ; containing singular travels, campaigns, voyages, and adventures in Russia, the Caspian Sea, Iceland, Turkey, Egypt, Gibraltar, up the Mediterranean, on the Atlantic ocean, and through the centre of Mount Etna into the South Sea. Also An Account of a Voyage into the Moon and Dog-Star, with many extraordinary Particulars relative to the Cooking Animal in those Planets, which are there called the Human Species[15].

Sur les vingt chapitres qui composent Gulliver Revived, cinq (II-VI) reprennent le texte-souche de 1781-83, et quatre (VII-IX et XIV) les « Marine stories » ajoutées en 1785. Non seulement le volume textuel a doublé en moins d'un an, mais l'accent est désormais mis sur des voyages à caractère merveilleux : un second passage sur la lune, qui donne matière à une relation beaucoup plus détaillée (ch. XVIII), et une expédition maritime qui mène le baron dans « une île de fromage dans une mer de lait » (« an island of Cheese surrounded by a sea of Milk », ch. XX), autre réminiscence de Lucien.

      Ce développement se poursuivit à un rythme soutenu : la sixième livraison, chez le même éditeur, ajoute un « supplément » de vingt pages où le héros réalise un « vol extraordinaire à dos d'aigle, à travers la France jusqu'à Gibraltar, au-dessus de l'Amérique du sud et du nord, des régions polaires » et « retourne en Angleterre dans les trente-six heures[16]». Un siècle plus tard, The Surprising Adventures of Baron Munchhausen s'est enrichi d'un second tome, soit treize chapitres d'aventures toujours plus délirantes. Dans une des toutes premières analyses critiques de l'œuvre, un érudit de la fin du XIXe siècle affirme que

C'est un fait curieux que les trois archétypes de ce type de littérature à laquelle appartient Munchausen, celle des Voyages Imaginaires, aient tous vu le jour en Angleterre. L'Utopie, Robinson Crusoé et Gulliver, illustrant la veine philosophique, morale et satirique du voyage fictif, furent tous composés en Angleterre, ce même pays où, au terme du dix-huitième siècle, apparut une quatrième manière, celle de la menterie fabuleuse. Munchausen servit d'original moderne à cette veine, et en reste l'exemple le plus classique[17].

Cette remarque visait non seulement à situer Munchausen dans le champ littéraire, mais aussi à le réhabiliter quelque peu : ouvrage fondamentalement anonyme (l'attribution à Raspe, posthume, ne porte avec certitude que sur la version initiale de 1785), il avait subi des ajouts et des modifications qui en menaçaient fortement la cohérence. Seccombe précise que « Les prototypes de la majorité des histoires » qu'il contient « se trouvent soit dans Lucien, soit dans les vingt volumes des Voyages Imaginaires publiés à Paris en 1787 » [18] ; référence approximative mais utile, car elle nous rappelle que la fortune éditoriale de Munchausen s'inscrivait dans un engouement plus large, et assez chaotique, pour la fiction hodéporique prise au sens large. Annoncée dès 1786 sous le titre de Voyages imaginaires, romanesques, merveilleux, allégoriques, amusants, comiques et critiques. Suivis des songes et visions, et des romans cabalistiques, la série atteignit trente-neuf volumes où figuraient pêle-mêle des textes illustrissimes et d'autres beaucoup plus obscurs, dans des genres fort divers : Gulliver et Robinson au premier chef, mais aussi Lamekis, ou Les voyages extraordinaires d'un égyptien du chevalier de Mouhy, Les Empires de la Lune & du Soleil de Cyrano de Bergerac, L'Histoire de Sévarambes de Denis Vairasse, ou encore le Voyage sentimental de Sterne[19] ; L'Histoire véritable de Lucien, dans la version traduite et continuée par Nicolas Perrot d'Ablancourt (1654), occupe une partie du tome XIII.

      On peut d'ailleurs s'étonner de ne pas trouver Munchausen dans ce florilège, et ce d'autant plus que dès 1786 circulait une traduction française, sous le titre Gulliver ressuscité[20]. Peut-être cette omission s'explique-t-elle par le fait que Munchausen, sous sa forme « considérablement élargie » se présentait déjà comme une sorte d'anthologie, à lui tout seul un condensé des Voyages imaginaires. Déterminer la place exacte de l'œuvre au XVIIIe siècle est une tâche plus complexe qu'il n'y paraît, car les progrès constants de l'exploration du globe par les Européens à cette époque ne cessaient de modifier les régimes de créance selon lesquels un récit de voyage était perçu comme potentiellement véridique, en partie affabulateur, ou franchement fictionnel, avec une zone d'ambiguïté qui se réduisait toujours plus sans pourtant se résorber tout à fait.

      Münchhausen et Bruce : le vrai du faux, le faux du vrai

      Ainsi, en 1726, Swift pouvait faire précéder son Gulliver d'une série de cartes qui détournaient des originaux dus au géographe Herman Moll (The World describ'd, 1708-20) en y ajoutant les contrées censément abordées par le héros : il restait alors suffisamment de terrae incognitae pour faire passer la supercherie. D'un autre côté, tout voyageur qui, de retour d'une de ces régions encore mal connues, produisait un récit extraordinaire, se voyait facilement soupçonné de mystification. Tel fut notablement le sort réservé à l'explorateur écossais James Bruce (1730–94), d'abord surnommé the Abyssinian traveller, qui avait passé une grande partie des années 1768-73 à arpenter l'Afrique de l'est, pour partir à la recherche des sources du Nil, accumulant une masse d'observations non seulement géographiques mais ethnographiques, dont certaines surprirent et choquèrent ses contemporains. On l'accusa d'avoir déformé la réalité, voire d'avoir inventé les détails qui semblaient les moins crédibles, si bien que la relation de ses voyages, qui connut un vif succès en 1790[21], contribua pourtant à le faire taxer de mythomanie[22]. Il devint alors the Abyssinian liar, le « menteur d'Abyssinie », objet d'une campagne de dénigrement où anonymes et personnages en vue (notamment Horace Walpole, l'initiateur du roman « gothique ») prétendirent décrédibiliser l'ensemble de son témoignage en s'attaquant à certains éléments jugés trop incroyables pour n'être pas fantaisistes. On retrouve là, peu ou prou, le traitement subi par Marco Polo trois siècles plus tôt.

      La polémique battait son plein lorsque parut en 1792 une énième version de la geste munchausenienne, qui en tirait parti :

A Sequel To The Adventures Of Baron Munchausen, Containing his expedition into Africa. —How he out-does Alexander. —Splits a rock at the Cape of Good Hope. —Wrecked on an island of ice. —Becomes acquainted with the Sphinx, Gog and Magog. —Overcomes above a thousand lions. —Buried in a whirlwind of sand. —Feasts on live bulls and Kava. —Is declared Sovereign of Africa, and builds a bridge from thence to Great-Britain, supported by a single arch. —Battle of his retinue with the famous Don Quixote. Becomes acquainted with the Colossus of Rhodes. —Chase of Wauwau through America. —Meets with a floating island. —Visits the islands in the South Sea. —Becomes acquainted with Omai. —Cuts a canal across the Isthmus of Darien. —Discovers the Alexandrian Library. —Besieges Saringapatam. —Overcomes Tippoo Saib. —Raises the hull of the Royal George ; together with a variety of other very Surprising Adventures : Humbly dedicated to Mr. Bruce, the Abyssinian traveller, As the Baron conceives that it may be of some service to him, previous to his making another expedition into Abyssinia : But if this advice does not delight Mr. Bruce, the Baron is willing to fight him on any terms he pleases[23].

Cette publication, qui ajoute une brassée d'anecdotes aussi abracadabrantes que superfétatoires à un corpus déjà fort chargé, apporte néanmoins un éclairage inédit au fonctionnement du mythos.

      Jusque-là, le baron Münchhausen, dont de nombreux lecteurs ignoraient qu'il existait pour de bon (en 1792, il lui restait même cinq années à vivre), était assimilé à un narrateur purement fictif, et qui donc ne se souciait guère d'être pris pour un menteur. Désormais, le texte était agrémenté de passages où le baron insiste sur la véracité de ses dires et proclame son attachement à l'honnêteté la plus scrupuleuse. À cette époque, le récit se vit alors précéder d'un une sorte d'attestation qui officialise cette profession de foi :  

AU PUBLIC

Ayant eu vent, pour la première fois, que l'on doute de mes aventures et qu'on les considère comme des plaisanteries, je me sens tenu de me manifester pour laver ma réputation, en payant trois shillings à l'hôtel de ville de cette grande cité pour l'affidavit ci-joint. J'y ai été contraint eu égard à mon honneur, bien que je me sois retiré de la vie publique et privée depuis de nombreuses années ; et j'espère que cette édition-ci, la dernière, me montrera sous un jour favorable auprès de mes lecteurs.

DANS LA CITÉ DE LONDRES, ANGLETERRE

Nous, soussignés, vrais croyants dans les vertus du profit, attestons sur l'honneur que toutes les aventures de notre ami le Baron Munchausen, dans quelque pays que ce soit, sont des faits réels et avérés. Et comme on a cru nos propres aventures, dix fois plus merveilleuses, nous souhaitons vivement que tous les vrais fidèles lui accordent leur pleine et entière confiance.

GULLIVER. +

SINBAD. +

ALADDIN. +

Fait à l'hôtel de ville, le 9 nov. dernier, en l'absence du Lord Maire.

JOHN (le Portier)[24].

Ce pseudo-document burlesque construit une double assimilation du baron, à ses illustres prédécesseurs fictionnels qui se portent caution pour lui, mais aussi à James Bruce, qui se désespérait de faire reconnaître l'authenticité de ses observations, y compris les plus controversées, comme la consommation de viande de bœuf crue, prélevée sur des animaux vivants : c'est précisément ce à quoi fait allusion la septième aventure du baron dans l'édition de 1792, où il se « régale de buffles vivants et de café » (« Feasts on live bulls and Kava »)[25].

      On en arriva à ne plus trop savoir lequel avait servi de modèle à l'autre : dans l'introduction à une réédition américaine du texte de 1819, on signalait ainsi qu'

Il existe de nombreuses opinions divergentes quant à l'origine des Voyages du Baron Munchausen […]. La plus répandue semble être celle qu'exprime un contributeur à Notes and Queries (No 68, 1851) : les Voyages du Baron Munchausen furent écrits pour ridiculiser Bruce, le voyageur d'Abyssinie, dont les aventures, à l'époque, étaient estimées fictives[26].

Avec le passage du temps, et surtout le progrès des connaissances sur les divers lieux et peuples du monde, on cessa en effet de prendre les relations de voyage de Bruce pour des affabulations, tandis que les aventures du baron apparaissaient totalement fantaisistes. C'est à ce moment que Munchausen subit un nouveau glissement générique, rejoignant les « contes de fées » et autres textes nettement caractérisés par la fantasmagorie dans la littérature destinée à la jeunesse. Il est alors devenu « un livre que chacun connaît, car tous les petits garçons le lisent[27] », affirment les deux grands poètes britanniques Southey et Coleridge – preuve s'il en fallait de l'immense notoriété de l'ouvrage au début du XIXe siècle.

      Munchausen, ou les contours incertains de la « littérature de voyage »

      Les métamorphoses de Munchausen depuis sa première manifestation en 1781 – dont les pages qui précèdent ne donnent qu'un rapide aperçu – nous mènent à interroger ce qu'il faut entendre au juste par « littérature de voyage » avant le XIXe siècle, et tout d'abord les frontières du genre. Le récit d'un déplacement d'un point du globe à un autre n'en est pas forcément le sujet principal ; souvent, par un effet de métalepse, l'intérêt réside dans ce qui se passe lorsque le héros est arrivé dans tel ou tel lieu, suffisamment éloigné du lieu de départ pour justifier un dépaysement, même léger, sans que le voyage, nécessaire pour y parvenir, offre en soi matière à narration. De fait, la grande majorité des aventures initiales du baron auraient pu se dérouler au nord de l'Allemagne plutôt qu'en Russie ou en Pologne.

      Il faut attendre la deuxième phase dans l'évolution du mythos pour qu'il intègre véritablement le corpus viatique, non seulement en raison de la multiplication des lieux visités (de plus en plus distants de Bodenwerder, et où le véritable baron n'était jamais allé), mais aussi par la dénomination de l'œuvre : d'abord, Baron Munchausen's narrative of his marvellous travels, puis The singular travels, campaigns, voyages, and sporting adventures of Baron Munnikhouson. Vient ensuite l'assimilation (par analogie tant avec Gulliver qu'avec James Bruce) du héros à un grand voyageur, au point d'en faire celui « qui a surpassé tous les autres voyageurs » (Who Outdid All Other Travellers), comme le proclame le sous-titre d'une édition écossaise de 1827[28], qui en guise de frontispice offre un portrait — imaginaire — du héros, tout comme la première édition de Gulliver. [Fig. 1]

Fig 1

Troisième exemple dans la même veine, l'édition londonienne de 1867, illustrée par l'un des plus grands caricaturistes de l'époque, George Cruikshank, qui rebaptise le texte de Raspe « The Travels and Surprising Adventures of Baron Munchausen »[29], le tirant toujours plus vers l'aire générique viatique. [Fig. 2]

Fig. 2

      Pourtant, même au faîte des accomplissements hodéporiques du baron, Munchausen restait un texte hybride, sur lequel vinrent se greffer, au gré des modes ou des lubies de chaque nouveau contributeur, des anecdotes où le voyage ne tient aucune place. Lorsque se produisit le rapprochement avec Gulliver, on voulut exploiter le potentiel satirique des « munchauseniades » en introduisant des fragments qui moquaient la vie politique et sociale britannique de la seconde moitié du XVIIIe siècle ; quelques années plus tard, l'ouvrage devenait un véhicule pour dénoncer les menteries supposées d'un véritable voyageur.  Par la suite l'identité du baron se dédoubla : d'un côté, il représentait la passion débridée du voyage, alors que d'un autre côté, il incarnait l'archétype du menteur absolu.

      L'illustrateur Brian Robb, en 1947, crut utile de dresser « une image du globe, établie sous la direction de feu le baron Munchausen, afin de faciliter l'étude de ses voyages et aventures[30] ». Ce document qui situe douze des aventures les plus marquantes du héros revient à organiser l'espace du monde : il existerait donc une « projection Muchausen » comme il existait une « projection Mercator », ce qui promeut le baron du statut de grand voyageur à celui de cartographe. [Fig. 3]

Fig. 3

      Dans une toute autre perspective, le chansonnier allemand Friedrich Hollaender, à l'époque de la montée du nazisme (1931), composa la chanson « Munchhausen[31] », où la vision irénique d'un pays pacifique et égalitaire suscite le refrain

      Lüge, Lüge, Lüge, Lüge, Lüge, Lüge!              Menteur, menteur, menteur, menteur, menteur !
      Aber schön wär`s, das ist klar,                         Mais ce serait bien, c'est clair,
      Wäre nur ein bißchen wahr!                              Si c'était tout de même un peu vrai ![32]

Dans son pays d'origine, le baron représentait donc le super-menteur plutôt que le super-voyageur. De telles mutations étaient rendues possibles par la nature matricielle du mythos (contrairement à celle d'un roman), qui permet l'insertion ad infinitum – pour ne pas dire ad nauseam – de morceaux rapportés, ajouts et autres suites, selon un développement rhizomique où la relation aux textes-sources (de 1781-83, ou 1785-86) pouvait être fort mince.

      Les déplacements de Munchausen à l'intérieur du genre peuvent mettre en question la légitimité de celui-ci, puisqu'il est apparemment si élastique qu'on y trouve des récits de voyage stricto sensu (plus ou moins embellis), d'autres franchement imaginaires, des utopies, ainsi que diverses histoires où interviennent des voyages, certes, mais qu'il semble arbitraire d'inclure ou pas dans le corpus viatique. On se rend compte ainsi que la classification héritée de la tradition manque parfois de cohérence : par exemple, l'action de Robinson Crusoé est infiniment plus statique sur le plan géographique que celle de Frankenstein, mais on catégorisera bien plus facilement le premier que le second dans la « littérature de voyage ».

      Munchausen prouve que la détermination peut être fluctuante pour une seule et même œuvre, surtout lorsqu'elle subit d'importantes variations au fil du temps et des lieux d'édition, ce qui suggère de ne pas traiter le viaticum en tant qu'essence : que cette œuvre ait pu servir de parangon du genre à une certaine époque, dans un certain contexte, n'exclut pas qu'elle ait pu, à d'autres époques, dans d'autres contextes, se situer à la marge de ce même genre, ou même en sortir complètement. Lorsque les « voyages » du baron se sont trouvés requalifiés en « aventures » (l'un n'impliquant pas forcément l'autre), ce n'est pas tant la substance qui a changé que le point de vue des lecteurs, voire celui des historiens de la littérature.

      Bien qu'on compte des centaines d'éditions des diverses versions de Munchausen dans une douzaine de langues au moins, le personnage a été pleinement intégré par quatre communautés linguistico-culturelles qui lui ont donné une identité propre : pour les Allemands, il s'inscrit dans l'imagerie populaire germanique aux côtés de figures comme Till Eulenspiegel et Le Preneur de rats de Hamelin ; le baron de Crac français se présente comme un hâbleur gascon, cousin de Cyrano ; le Myunkhgauzen [Мюнхгаузен] russe est un aventurier fantastique appartenant de plein droit au genre des nebyvalshchiny [небывальщины], « terme intraduisible qui suggère des choses énormes et grandioses n'ayant jamais existé »[33] ;  finalement, seul l'avatar britannique incarne véritablement,  pendant une centaine d'années,  le voyageur par excellence.

 

      Au moment où j'écris ces lignes, la notoriété de Munchausen se trouve en forte régression par rapport à ce qu'elle fut il y a encore quelques décennies, et certainement au siècle dernier ; même celles et ceux qui ont une certaine familiarité avec l'œuvre n'en connaissent sans doute qu'une version très simplifiée, ou bien une adaptation cinématographique – celle du membre des Monty Python Terry Gilliam en 1988[34], ou, pour les plus cinéphiles, celle du tchèque Karel Zeman en 1962[35], voire la version proposée par le studio UFA du IIIe Reich en 1943[36]. L'énorme complexité, et surtout le caractère fortement atypique de ce mythos multinational et plurilingue en constante évolution sur plus de deux siècles s'effacent sous ses manifestations les plus récentes ; mais l'appartenance incontestable de Munchausen à la « littérature de voyage » à la fin du XVIIIe siècle nous oblige à en tenir compte dans toute démarche visant à réfléchir sur la nature ou l'existence même d'un tel genre – même si cette œuvre protéiforme promet surtout de nous compliquer la tâche.

Guy Spielmann,

Georgetown University (Washington, U.S.A.)

 

[1]     Le patronyme du personnage historique s'épelle « Münchhausen » ; l'orthographe simplifiée « Munchausen » est néanmoins celle qui est le plus communément usitée dans les œuvres de fiction.

[2]     Dès le début du XIXe siècle, Munchausen a été gallicisé en « Baron de Crac », dont les aventures seront par la suite publiées en parallèle avec celles de son homologue allemand. La première apparition du personnage semble remonter à une petite comédie de Jean-François Collin d'Harleville jouée en 1791 à Paris, au Théâtre de la Nation : Monsieur de Crac dans son petit castel, ou Les Gascons (Bruxelles, J. L. de Boubers, 1792).

[3]     Werner R. Schweizer, Münchhausen und Münchhausiaden –Werden und Schicksale einer deutsch-englischen Burleske, Berne, Franke, 1969 ; Erwin Wackermann, Münchhausiana. Bibliographie der Münchhausen-Ausgaben und Münchhausiaden. Mit einem Beitrag zur Geschichte der frühen Ausgaben, Stuttgart, Fritz Eggert, 1969.

[4]     Voir par exemple Robert M. Price, H. P. Lovecraft and the Cthulhu Mythos, Mercer Island (WA), Starmont House, 1990.

Notes

 

[5]     Alors dans L'électorat de Brunswick-Lunebourg [Kurfürstentum Braunschweig-Lüneburg], actuellement dans le Land de Basse-Saxe [Niedersachsen].

[6]     Je laisse de côté les trois histoires « à la manière de Münchhausen » que le diplomate prussien Rochus Friedrich graf zu Lynar a intégrées dans son recueil Der Sonderling [L'Excentrique], Hannover, Richter, 1761.

[7]     Vade Mecum für lustige Leute enthaltend eine Sammlung angenehmer Scherze, witziger Einfälle und spaßhafter kurzer Historien, aus den besten Schriftstellern zusammengetragen, [Manuel pour joyeux lurons, contenant une collection de blagues agréables, d'idées pleines d'esprit et de courtes histoires amusantes, compilées par les meilleurs écrivains], Berlin, August Mylius, vol. 8 (1781), no 175, p. 92-101, et vol. 9 (1783), no 106, p. 76–79.

[8]     Baron Munchausen's narrative of his marvellous travels and campaigns in Russia. Humbly dedicated and recommended to country gentlemen ; and, if they please, to be repeated as their own, after a hunt at horse races, in watering-places, and other such polite assemblies ; round the bottle and fire-side. [London, 1785]. Oxford, Smith, 1786, 53 p. L'exemplaire du British Museum, numérisé, est disponible sur Gale Eighteenth Century Collections Online (http://gdc.gale.com/products/eighteenth-century-collections-online) ainsi que sur WikiMedia.

[9]     Sur Raspe, voir John Carswell, The Prospector. Being the Life and Times of Rudolf Erich Raspe, London, Cresset Press, 1950, et Der Münchhausen-Autor Rudolf Erich Raspe : Wissenschaft, Kunst, Abenteuer, éd. Andrea Linnebach, Kassel, Euregio Verlag, 2005.

[10]   The singular travels, campaigns, voyages, and sporting adventures of Baron Munnikhouson, commonly pronounced Munchausen : as he relates them over a bottle, when surrounded by his friends. A new edition, considerably enlarged, and ornamented with four views, engraved from the Baron's drawings, London, M. Smith, 1786, in-12o, 87 p.

[11]   Par exemple The Surprising Adventures of the Renowned Baron Munchausen, abridged, etc., Glasgow, Cameron & Co, 1804.

[12]   [Gottfried August Bürger], Wunderbare Reisen zu Wasser und Lande, Feldzüge und lustige Abentheuer des Freyherrn von Münchhausen, wie er dieselben bei der Flasche im Zirkel seiner Freunde selbst zu erzählen pfleg. Aus dem Englischen nach der neuesten Ausgabe übersetzt, hier und da erweitert und mit noch mehr Kupfern gezieret, London [Göttingen, Johann Christian Dieterich], 1786. 48 p.

[13]   Gulliver revived, or, The singular travels, campaigns, voyages, and adventures of Baron Munikhouson, commonly called Munchausen, Oxford, G. Kearsley, 1786. 136 p.

[14]   [Jonathan Swift], Travels into several Remote Nations of the World. In four parts. By Lemuel Gulliver, first a surgeon, and then a captain of several ships, London, Benj. Motte, 1726.

[15]   Gulliver revived: or, the vice of lying properly exposed; […]. By Baron Munchausen, The sixth edition, considerably enlarged, London, G. Kearsley, 1789.

[16]   SUPPLEMENT. Extraordinary Flight on the Back of an Eagle over France to Gibraltar, South and North America, the Polar Regions and back to England within six and thirty hours », Ibid., p. 231-252.

[17]   Thomas Seccombe, « Introduction », in The Surprising Adventures of Baron Munchhausen, London, Lawrence and Bullen, 1895, p. v. « It is a curious fact that of that class of literature to which Munchausen belongs, that namely of Voyages Imaginaires, the three great types should have all been created in England. Utopia, Robinson Crusoe, and Gulliver, illustrating respectively the philosophical, the edifying, and the satirical type of fictitious travel, were all written in England, and at the end of the eighteenth century a fourth type, the fantastically mendacious, was evolved in this country. Of this type Munchausen was the modern original, and remains the classical example. ».

[18]   Ibid., p. xxix : « Prototypes of the majority of the stories may either be found in Lucian or in the twenty volumes of Voyages Imaginaires, published at Paris in 1787. ».

[19]   Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, éd. Charles-Georges-Thomas Garnier, 39 vol., Amsterdam et Paris [Veuve Houry ?], 1787-1789.

[20]   Gulliver ressuscité, ou, Les voyages, campagnes et aventures extraordinaires du Baron de Munikhouson, Londres et Paris, Royez, 1786-1787.

[21]   James Bruce, Travels to Discover the Source of the Nile, In the Years 1768, 1769, 1770, 1771, 1772 and 1773, 5 Vol., London, G. G. J. and J. Robinson, 1790.

[22]   Voir Rebecca Mitsein, « What the Abyssinian Liar Can Tell us about True Stories : Knowledge, Skepticism, and James Bruce’s Travels to Discover the Source of the Nile », The 18th-Century Common : A Public Humanities Website, 17 March 2015, https://www.18thcenturycommon.org/james-bruce/; et Arthur A. Moorefield, « James Bruce : Ethnomusicologist or Abyssinian Lyre ? », Journal of the American Musicological Society 28, no 3 (1975), p. 493-514.

[23]   A Sequel To The Adventures Of Baron Munchausen, Containing his expedition into Africa. […], London, H. D. Symonds and J. Owen, 1792.

[24]   Complete original edition of the surprising travels and adventures of Baron Munchausen : […] to which is added a sequel containing his expedition into Africa […] humbly dedicated to Mr. Bruce, the Abyssinian traveller, London, R.S. Kirby, 1819 ; réimpression sous le titre The Original Travels of Baron Munchausen. Ву Rudolph Raspe, Chicago and New York, Rand, McNally & Co., n. d., p. v-vi : « TO THE PUBLIC. / Having heard, for the first time, that my adventures have been doubted, and looked upon as jokes, I feel bound to come forward and vindicate my character for veracity, by paying three shillings at the Mansion House of this great city for the affidavits hereto appended. / This I have been forced into in regard of my own honour, although I have retired for many years from public and private life ; and I hope that this, my last edition, will place me in a proper light with my readers. / AT THE CITY OF LONDON, ENGLAND. / We, the undersigned, as true believers in the profit, do most solemnly affirm, that all the adventures of our friend Baron Munchausen, in whatever country they may lie, are positive and simple facts. And, as we have been believed, whose adventures are tenfold more wonderful, so do we hope all true believers will give him their full faith and credence. / GULLIVER. x / SINBAD. x / ALADDIN. x / Sworn at the Mansion House 9th Nov. last, in the absence of the Lord Mayor. / JOHN (the Porter). »

[25]   Ce détail avait particulièrement marqué les esprits. Une caricature d'Isaac Cruikshank, « An Abyssinian Breakfast » (1791), montre James Bruce en train de découper un steak dans l'arrière-train d'un bœuf (Londres, National Portrait Gallery, NPG D47441).

[26]   « Introductory Notice », [in] Complete original edition of the surprising travels and adventures of Baron Munchausen : […] op. cit., p. vii : « Many different opinions have obtained respecting the authorship of the The Travels of Baron Munchausen” […]. The general opinion appears to be that expressed by a writer in Notes and Queries (No. 68, 1851): “The Travels of Baron Munchausen were written to ridicule Bruce, the Abyssinian traveler, whose adventures were at that time deemed fictitious. »

[27]   Robert Southey et Samuel T. Coleridge, « Munchausen », [in] Omniana or Horae Otiosiores, London, Longman, Hurst, Rees, Orme and Brown, 1812, p. 155 : « a book which everybody knows, because all boys read it. » Blamires précise que la référence n'est pas claire, mais qu'au XIXe siècle commencèrent à paraître des versions abrégées de Munchausen, dont certaines explicitement destinées à un lectorat enfantin sous la forme du « chapbook », version britannique de la « Bibliothèque bleue » et des textes de colportage bon marché. David Blamires, « The Adventures of Baron Munchausen », [in] Telling Tales : The Impact of Germany on English Children’s Books, 1780-1918, Cambridge, Open Book Publishers, 2009, p. 18.

[28]   The Life and Exploits of Baron Munchausen. Who Outdid All Other Travellers. Related by Himself, Glasgow, Richard Griffin & co., 1827.

[29]    Rudolf Erich Raspe]. The Travels and Surprising Adventures of Baron Munchausen. Illustrated with 37 curious engravings, from the Baron’s own designs, and five woodcuts, by G. Cruikshank, London, William Tegg, 1867

[30]   12 Adventures of the Celebrated Baron Munchhausen. Selected and Illustrated by Brian Robb, London, Peter Lunn, 1947.

[31]   Elle fut interprétée par Marlène Dietrich. Enregistrement moderne par Ute Lemper disponible sur l'album Berlin Cabaret Songs, U.S.A., London/Polygram, 1996.

[32]   Le surnom de Münchhausen, en allemand, était « Der Lügenbaron » – le « baron menteur ».

[33]   Lev Berdnikov, « Russia's Munchausen : The Legendary Baron Celebrates 300 Years », Russian Life (November/December 2020), p. 52 : « nebyvalshchiny, untranslatable word suggestive of big and grand things that never existed. »

[34]   The Adventures of Baron Münchhausen, réalisé par Terry Gilliam sur un scénario de Gilliam et Charles McKeown (Royaume-Uni, Columbia, 1988).

[35]   Baron Prášil, réalisation et scénario de Karel Zeman (Tchécoslovaquie, Filmové Studio Gottwaldov, Kratky Film Praha, 1962).

[36]   Münchhausen, réalisation de Josef von Báky sur un scénario d’Erich Kästner (Allemagne, Universum-Film AG, 1943).

Référence électronique

Guy SPIELMANN, « Le genre viatique au défi de Munchausen : tribulations d'un voyageur atypique », Astrolabe - ISSN 2102-538X [En ligne], Géographies imaginaires, mis en ligne le 04/03/2025, URL : https://www.crlv.org/articles/genre-viatique-defi-munchausen-tribulations-dun-voyageur-atypique

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Table des matières

Présentation

2. L’imaginaire géographique dans la fiction viatique