Le voyage merveilleux de Jacopo da Sansoverino (1416-1418)

Le Moyen Âge a connu de nombreux récits de voyages fictifs, qui, comme les récits réels, sont d’une grande diversité aussi bien dans leur forme que dans leurs objectifs. Certains sont très célèbres, comme la Navigation de saint Brandan ou encore le Livre de Jean de Mandeville, qui rencontra un énorme succès au Moyen Âge. D’autres textes sont beaucoup moins connus, ou ne sont généralement pas envisagés dans la catégorie « récits de voyages », tels que la Divine comédie de Dante, qui prend pourtant la forme d’un cheminement, ou encore le Dittamondo de Fazio degli Uberti, où le poète voyage en compagnie de Solin, texte davantage lu par les historiens de la cartographie que par les spécialistes des récits de voyages[1]. De même, le Songe du Vieil pèlerin de Philippe de Mézières[2] est étudié par les chercheurs qui s’intéressent aux miroirs des princes, à la thématique du bon gouvernement, mais très rarement par ceux qui étudient les voyages.

Ces différents textes pouvaient, comme on vient de le suggérer, avoir des objectifs et des lectorats divers. Ainsi le livre de Mandeville est considéré comme étant avant tout une géographie à destination des laïcs et adoptant ainsi la forme d’un récit de voyage pour rendre sa matière plus agréable[3]. L’Itinerarius de Johannes Witte de Hese invitait ses lecteurs à un pèlerinage en pensée et à une méditation sur le paradis et le purgatoire, qui prennent la forme de deux îles situées dans l’océan Indien et abordées par le voyageur[4]. L’auteur du Libro del Conoscimiento de todos los reynos, quant à lui, cherchait à exposer les connaissances géographiques et politiques d’un héraut d’armes : connaissance des pays, de leurs situations respectives, de leurs particularités et de leurs souverains, avec leurs armoiries[5]. Il est bien entendu réducteur de présenter ces textes comme ayant un seul objectif, mais cela montre la diversité des visées possibles des récits fictifs.

Le Libro piccolo di meraviglie, « petit livre de merveilles », attribué à un certain Jacopo da Sansoverino, fait partie des textes les moins connus[6] ; il n’est que rarement cité dans les synthèses sur les récits de voyage au Moyen Âge[7]. Il n’est cependant pas inédit, puisqu’il fut même publié à deux reprises, la première fois de manière quasi confidentielle en 1868 par Leone Prete[8] et la seconde en 1985, où l’édition précédente est simplement reprise, accompagnée d’une nouvelle introduction par Marziano Guglielminetti[9]. Aucune de ces deux éditions ne peut être considérée comme critique, puisqu’elles ne sont pas pourvues d’apparat ; le premier éditeur ne connaissait qu’un manuscrit[10], le second apprit l’existence d’un deuxième exemplaire[11], dont il fournit les passages supplémentaires ou variants uniquement en appendice[12]. À peine trouve-t-on dans ces deux éditions quelques notes permettant d’identifier certaines sources (essentiellement bibliques) ou d’élucider des formes verbales inhabituelles.

Or, ce texte est conservé par au moins trois manuscrits. Le premier manuscrit identifié, celui qui a servi à l’édition du texte, est aujourd’hui conservé à Florence (Biblioteca Medicea Laurenziana, Medicei Palatini 115). Le récit de Jacopo da Sansoverino s’y trouve aux feuillets 128v-141, dans une écriture de type mercantesca[13]. Parmi les autres textes présents dans le manuscrit, tous en vernaculaire et copiés dans la deuxième moitié du XVe siècle[14], figurent une Lettre du Prêtre Jean (« Pistola mandata dal Presto Giovanni al sanctissimo in Cristo padre Papa Martino, perché aveva volontà di sapere che modo e’ tenea e in chi si credeva nel suo regno », f. 123v-128) et la « Leggenda di tre santi monaci che andorono al Paradiso diliziano » (f. 141-144). Le dernier texte comporte un colophon : « Scritto per me A.F.N.D…. a di ix di luglio anno domini MCCCCLXXXIX »[15]. Ces deux derniers textes encadrent de façon particulièrement cohérente et complémentaire le Libro piccolo : la Lettre du Prêtre Jean est abondamment reprise dans le Libro, tandis que la légende des trois moines partage de nombreux points communs avec lui (voyage fictif d’un groupe de personnages, ici des moines, qui parcourent de façon aventureuse des contrées plus ou moins réelles ou fantastiques)[16].

Un deuxième exemplaire du texte se trouve dans le manuscrit du Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, Barberino Latino 4048, aux f. 42v-55[17]. Ce manuscrit contient en outre la Sfera de Goro Dati (f. 2-26), une version toscane de l’Itinerarium d’Odorico da Pordenone (f. 28-42) et des textes de Pétrarque[18]. Le centre d’intérêt ayant présidé à la réunion de cet ensemble semble être la géographie, d’autant qu’une des lettres de Pétrarque présente dans ce manuscrit traite de la géographie comme allégorie de l’existence humaine[19]. L’écriture, du troisième quart du XVe siècle, est de type humaniste.

Il faut leur ajouter un manuscrit aujourd’hui conservé à la Beinecke Rare Book and Manuscript Library de l’Université de Yale (ms. 928)[20]. Ce manuscrit n’est qu’un fragment du volume original, puisque le Libro piccolo, qui figure aujourd’hui en première position (f. 61-78v), comporte le numéro 61 sur son premier feuillet. Le second texte (f. 79-84) est la légende des trois moines qui se trouve également dans le manuscrit de Florence. Les deux textes sont de la même main, de type mercantesca du XVe siècle[21].

Les manuscrits de Yale et de Florence ont deux textes en commun, qui se suivent dans le même ordre (le Libro piccolo puis la légende des trois moines). On ne peut pas exclure qu’ils aient eu d’autres contenus identiques, puisque celui de Yale est tronqué de soixante feuillets. Ils semblent en tout cas assez proches l’un de l’autre, ce que laisse penser une rapide comparaison des textes pour le début du texte :

Florence, Biblioteca Medicea Laurenziana, Medicei Palatini 115, f. 128v[22]

Yale, Beinecke Rare Book and Manuscript Library, ms. 928, f. 61

Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, Barberino Latino 4048, f. 42v

Di quattro gentili vuomini, ch’andorono cercando gran parte del monde, e chi e’ sono o furono, e dove andorono. 

Nell’anno mille quattrocento sedici, a dì 1° di magio, si trovorono quattro cavalieri nella città di Vinegia ; e fuvene tre oltramontani e uno italiano. Li oltramontani furono questi : lo siniscalco di Bramante, messer Guido dalla Loca e ’l visconte di Teromagna ; e ’l latino fu messer Jacopo da Sansoverino. E trovandosi tutti a quattro in Vinegia, acordaronsi insieme di mettere ciascuno di loro certa quantità di tesoro e andare cercando gran parte del mondo.

Qui cominca il viaggio di quatro chavalieri andorono cercando il mondo.

Nell anno mille quatrocento sedici e adi primo di magio si trovorono quatro chavalieri in Vinegia e fuvene tre altramontani e uno taliano (sic). Gli altramontani furono questi e loro nomi : il primo fu lo sinischalcho di Bramante e messer Ghuido dalla locha e il bisconte di Toromagnia e il nome del Taliano fu messer Iachopo da Sansoverino. Ed esendo questi quatro chavalieri in Vinegia, achordandosi insieme di metere ciaschuno di loro cierta quantita di moneta e andare cierchando e vegiendo tutte olle maggiore parte dell mondo.

Questo e uno viaggio fecieno tre oltramontano et uno ytaliano cavalieri tucti et quattro et quanto trovarono pel mondo.

Anno mille quattrocento sedici di maggio ci trovammo in Vinegia, cioe tre cavalieri oltramontani et uno cavaliere ytaliano. E tramontani sono questi : el sinischalcho di Brabante, messere Ghuido dalla Locciale, Bischonte di Terra Magna ; lo ytaliano messere Jacopo da Sancto Soverino. Essendo noi quattro cavalieri in Vinegia fummo di concordia ciaschuno di noi pose certa quantita di moneta et andare cerchando el mondo.

 

Yale et Florence s’avèrent avoir une relative proximité, tandis que le manuscrit du Vatican comporte un certain nombre de leçons différentes[23], en particulier dans les noms propres, qui se trouvent en quelque sorte rationnalisés. Par exemple « Teromagna » devient « Terra Magna », ce qui a plus de sens ; « Bramante » est dans Vatican « Brabante », qui correspond à un territoire réel. Vatican transforme aussi le récit à la troisième personne en un récit plus personnel, utilisant la première personne du pluriel (« noi ») dès l’introduction, ce que les autres manuscrits ne font qu’à partir de l’indication du départ pour Jérusalem[24]. Le copiste du manuscrit du Vatican, compilation de type humaniste par son contenu et son écriture, propose peut-être une réécriture du texte, ou tout du moins a cherché à l’améliorer[25]. Pour confirmer cette hypothèse, un travail de collation mériterait d’être fait entièrement sur les trois manuscrits, afin également de comprendre leurs relations et d’établir une édition critique du texte.

Le titre Libro piccolo di meraviglie a été forgé par le second éditeur, M. Guglielminetti, qui a également créé les titres des chapitres[26]. Dans les manuscrits, l’incipit du texte peut être compris comme un titre : « Di quattro gentili vuomini, ch’andorono cercando gran parte del monde, e chi e’ sono o furono, e dove andorono. » (« De quatre gentilshommes qui allèrent parcourir une grande partie du monde, et qui ils furent, et où ils allèrent »)[27].

Suit alors la présentation des personnages et de leur projet :

Nell’anno mille quattrocento sedici, a dì 1° di magio, si trovorono quattro cavalieri nella città di Vinegia ; e fuvene tre oltramontani e uno italiano. Li oltramontani furono questi : lo siniscalco di Bramante, messer Guido dalla Loca e ’l visconte di Teromagna ; e ’l latino fu messer Jacopo da Sansoverino. E trovandosi tutti a quattro in Vinegia, acordaronsi insieme di mettere ciascuno di loro certa quantità di tesoro e andare cercando gran parte del mondo.[28]

L’an mille quatre cent seize, le 1er mai, quatre chevaliers se retrouvèrent dans la cité de Venise ; ce furent trois Ultramontains et un Italien. Les Ultramontains furent les suivants : le sénéchal de Bramante, messire Guido dalla Loca et le vicomte de Teromagna ; et le Latin fut messire Jacopo da Sansoverino. Et se trouvant tous les quatre à Venise, ils se mirent d’accord pour mettre en commun chacun une certaine quantité de monnaie et aller parcourir une grande partie du monde.

Les quatre compagnons sont présentés comme des chevaliers, c'est-à-dire des nobles, des laïcs et non des religieux. Je reviendrai plus loin sur les autres noms, mais celui de Sansoverino rappelle celui d’un autre voyageur, un authentique pèlerin ayant porté ce nom (à une voyelle près) : Roberto da Sanseverino (1418-1487), qui se rend en Terre sainte en 1458 et en laisse un récit à son retour[29]. Notre texte est a priori plus ancien, les dates qu’il comporte sont cohérentes avec quelques éléments du contenu ; il pourrait donc s’agir d’une simple coïncidence, à moins que la dévotion envers les lieux saints ou l’attrait pour le voyage soit un trait commun à plusieurs membres de cette famille, une famille importante du royaume de Naples[30]. Toutefois, puisque les manuscrits s’accordent sur ce point, il convient de conserver l’orthographe Sansoverino pour le texte ici étudié.

Le récit a été attribué par les éditeurs à Jacopo da Sansoverino, ou tout du moins mis sous son nom, car il est le seul Italien du groupe de voyageurs et que le texte est en italien. Cependant, la présentation des personnages n’indique pas lequel est l’auteur et tout au long du récit, le narrateur oscille entre la première personne du pluriel, le « nous », et la première personne du singulier, le « je ». Il utilise le pluriel pour raconter les aventures des quatre voyageurs, principalement avec des verbes de mouvement : « andamo », « passamo », « avemmo buono camino », « entramo », etc. Il faut attendre les deux tiers du texte pour que soit résolue l’identification de ce « je » : lors de leur arrivée chez le roi de Perse, l’un des voyageurs est accueilli avec les honneurs en raison de la flèche qui lui a été donnée par Tamerlan en guise de sauf-conduit : « E questo fece solo a me messer Jacopo da Sansoverino, perché io portavo la freccia in mano »[31] (« Et il fit cela seulement à moi messire Jacopo da Sansoverino, parce que je portais la flèche dans la main »)[32].

Il est intéressant de noter que la première personne du singulier est fréquemment associée à des tournures exprimant la narration et donc la fonction d’auteur : « come più chiaramente ancora vi conterò » (« comme je vous raconterai encore plus en détails »), « lascio di scrivere di ciò » (« j’arrête d’écrire à ce sujet »), « di questo inperadore non vi dico nulla » (« de cet empereur je ne vous dis plus rien »), « Io voglio che voi sapiate » (« je veux que vous sachiez »)[33]. La deuxième personne du pluriel est elle aussi fréquente, l’auteur s’adressant régulièrement à ses lecteurs par le verbe « sapiate » (« sachez »), parfois utilisé dans une formule plus développée : « E anche voglio che voi sapiate » (« et aussi je veux que vous sachiez »)[34]. Le projet de raconter un voyage et les choses vues au cours de ce voyage sous-tend largement ce texte, comme le montre la fin du chapitre sur Canbelletta et la rencontre avec le Grancane : « avavàno gran piacere di vedere cose strane per ridirlo di qua » (« ils eurent grand plaisir à voir des choses étranges pour en parler ici »)[35].

La première destination des quatre compagnons, après avoir prié Dieu et la sainte Vierge de leur accorder un bon voyage, est le Saint-Sépulcre de Jérusalem. Il est intéressant de noter que le fait de commencer par la Terre sainte, par un pèlerinage, est commun à d’autres récits de voyages fictifs, comme ceux de Mandeville ou de Johannes Witte de Hese, tandis que des récits d’authentiques pèlerins se poursuivent parfois de façon fictive par le parcours d’autres régions plus lointaines, comme chez Arnold von Harff, qui prétend, après son pèlerinage, être allé jusqu’en Inde et dans l’océan Indien, mais s’appuie en réalité sur Marco Polo et la géographie de Ptolémée pour la description de ces régions[36].

À vrai dire, dans le Libro piccolo di meraviglie, rien n’est dit sur Jérusalem, dont la mention tient en une phrase : « Andamo in Gerusalem, e vicitamo tutti quelli santi lati, come più chiaramente ancora vi conterò »[37] (« Nous allâmes à Jérusalem et nous visitâmes tous les lieux saints, comme je vous le raconterai plus en détails »). Comme annoncé, le récit revient à Jérusalem à la fin, mais sans en dire beaucoup plus, se contentant de nommer les principaux lieux saints (le Saint-Sépulcre, le Calvaire, Nazareth, Bethléem, la vallée de Josaphat, le Jourdain et la Galilée) en un seul paragraphe et de façon tout à fait impersonnelle[38].

Tout de suite après, les voyageurs montent à dos de chameau et se rendent à Sainte-Catherine du mont Sinaï. La suite du voyage se déroule de façon assez déroutante et tous azimuts, comme le montre la succession des chapitres[39]. Après le mont Sinaï, les voyageurs se rendent au bord de la mer Rouge, puis cheminent à travers la mer de sable. Ils parviennent ensuite sur les terres du Prêtre Jean, mais avant d’arriver auprès de lui, ils traversent plusieurs de ses royaumes vassaux. Ils s’entretiennent avec le Prêtre Jean et partent ensuite pour se rendre au tombeau de saint Thomas apôtre ; en route, ils passent par le pays des cynocéphales. Ils vont ensuite à la terre des Femmes, puis dans une cité nommée Zorcolia, dont le souverain s’appelle Alexandre et observe la foi des Grecs. Suit une île appelée Menitra, où vivent des anthropophages. Puis la province de Luzica, où les proches du seigneur local s’immolent sur le bûcher funéraire de celui-ci. La province suivante, Brestia, fait encore partie des territoires du Prêtre Jean. On passe ensuite à une série de provinces qui dépendent du « Grancane » : d’abord Canbelletta, qui est bien entendu la Khanbaliq de l’empire mongol de Chine, qui s’inspire du livre de Marco Polo, tout en s’en éloignant assez fortement, comme le montre le chapitre suivant, sur la chasse à la licorne, qui reprend la légende de la capture de l’animal grâce à une jeune vierge[40]

Les voyageurs quittent ensuite le Grancane en compagnie de l’empereur Usibech, qui lui est sujet. Ils se rendent auprès de l’empereur du Gattaio, dont le royaume produit beaucoup de sel et de soie. Ils visitent ensuite le royaume de Tamerlan, l’Arménie où se trouve l’arche de Noé, la Perse et la Turquie, puis un certain nombre de cités : Tabriz et Bagdad, Babylone, Damas, le Caire et la Mecque.

Jusque-là, le voyage se déroule dans un Orient assez confus et mal localisé. Par la suite, les voyageurs reviennent vers la Méditerranée et l’Europe et partent dans toutes les directions : ils visitent une série de cités qui peuvent être identifiées à des villes marocaines, comme Ceuta, Tanger, Fès ; vont ensuite en Irlande, puis en Bohème, avant de repartir pour Londres, puis le Portugal, et avant de se rendre en Espagne, font un détour par la Turquie. Ces mouvements sont en partie dictés par des descriptions de miracles qui s’enchaînent, un récit de miracle appelant celui d’un autre miracle similaire, même s’il se déroule dans une toute autre région. C’est le cas par exemple pour le passage de la Bohême, où est raconté un miracle lié à l’hostie, à Londres, dont le chapitre est introduit ainsi : « E ancora vi voglio dire un altro miracolo del nostro Signore Giesu Cristo, il quale vedemo a Londra d’Inghilterra » (« Et je veux encore vous dire un autre miracle de notre Seigneur Jésus Christ, que nous vîmes à Londres en Angleterre »)[41]. La succession des chapitres n’est alors plus liée à un déplacement des voyageurs – on ne trouve d’ailleurs pas de verbe de mouvement à la deuxième personne du pluriel – mais à un mouvement mental, à une association d’idées, qui rapproche deux anecdotes similaires.

Le récit se termine enfin par un rapide paragraphe sur Jérusalem et les cités alentour, avant une phrase finale indiquant le retour des voyageurs dans leurs pays (mais lesquels ?) : « Essendo ora tornati ne’ nostri paesi, non ne diciàno nulla, perché sono noti a tutta giente. Qui finisce il detto viaggio. Laus Deo. Amen » (« Étant retournés dans nos pays, nous n’en dirons rien, parce qu’ils sont connus de tous. Ici finit ledit voyage. Gloire à Dieu. Amen »)[42].

Cette énumération des chapitres et ce survol du parcours accompli par les quatre compagnons donnent déjà une idée du contenu de ce récit et des problèmes qu’il pose. Sa lecture laisse très rapidement voir qu’il s’agit d’un récit fictif, sans qu’il soit la peine de le démontrer point par point.

L’incohérence du parcours et l’impossibilité de l’accomplir tel quel n’empêchent pas la présence d’un certain nombre de dates et de données chiffrées, sans doute dans l’objectif d’apporter un effet de réel. Outre la date de départ (premier mai 1416), le récit indique que les voyageurs sont arrivés à Goia, la capitale du Prêtre Jean, le premier novembre 1418[43]. Les durées de certains parcours sont également indiquées : par exemple, pour arriver à Goia, le voyage a duré trente jours[44]. Auparavant, les compagnons ont cheminé trois jours pour aller de la mer Rouge à l’Inde, puis vingt-quatre jours à travers le désert de la Mare della Rena[45], c’est-à-dire la mer Aréneuse de Mandeville[46]. Ces indications laissent penser qu’il serait possible de reconstituer l’itinéraire et le calendrier des déplacements de Jacopo da Sansoverino et de ses compagnons, mais elles n’ont pas de caractère systématique et plusieurs d’entre elles sont par ailleurs fantaisistes. Leur seul objectif semble être d’apporter un certain réalisme au récit.

La présence d’éléments légendaires ou relevant du merveilleux, que l’on trouve dans les encyclopédies antiques et médiévales vient renforcer la certitude qu’il s’agit d’un récit fictif. Ainsi la description des pygmées et de leur lutte contre les grues, dans la province d’Utiana[47], reprend les éléments courants de cette légende telle qu’on la trouve par exemple chez Pline[48]. Elle se trouve aussi chez Mandeville, mais avec des éléments différents[49]. Le récit mentionne également la licorne, les cynocéphales, les géants et d’autres créatures étranges.

On relève également une série de confusions et de doublons. Ainsi le Grancane et l’empereur du Gattaio apparaissent dans le texte comme deux personnages différents : « E quando lo Grancane vuole sapere novelle del Presto Giovanni e dello inperadore del Gattaio, che sono suoi nemici » (« Et quand le Grancane veut avoir des nouvelles du Prêtre Jean et de l’empereur du Gattaio, qui sont ses ennemis »)[50]. Au-delà de l’anachronisme (les Mongols ou Yuan ne règnent plus en Chine depuis l’installation de la dynastie Ming en 1368), l’auteur distingue deux personnages qui n’en font normalement qu’un, le grand khan étant aussi l’empereur du Cathay depuis Kubilaï (1260-1294). La description du Gattaio, qui vient après celle de l’empire du Grancane, évoque plutôt la Chine du sud, ou Mangi chez Marco Polo, en particulier avec la mention de la cité de Venzina, dont la description correspond à celle de Quinsaï : « dicesi ch’ella fu la magiore città del mondo » (« on dit que ce fut la plus grande cité du monde »)[51]. Cette cité comporte cinq mille ponts (douze mille chez Marco Polo), il s’y trouve un très grand lac, au milieu duquel est située une île, ses habitants sont très nombreux[52] ; ses principales ressources sont le sel et la soie, dont l’empereur tire de grandes ressources[53]. Même si Jacopo da Sansoverino a tendance à modifier les noms de lieux et de personnages, on peut aussi penser que Venzina provient d’une mauvaise lecture de Quinsaï ou d’un manuscrit fautif, dans lequel il manquerait l’initiale Q.[54]

Un autre doublon est formé par Tamerlan et Timilei. Au chapitre 17, il est question de Tanburlà, seigneur de Tartarie, qui est entré en guerre contre l’empereur du Gattaio[55]. La capitale de Tanburlà est nommée : Samacante, ce qui correspond à Samarcande, qui fut bien la capitale de Tamerlan. Mais au chapitre suivant, dans la description de Samarcande, il est question d’une mosquée qui sert de mausolée au corps de Timilei, « signore che fu di Tarteria » (« qui fut seigneur de Tartarie »)[56]. Timilei est une déformation de Timur i-leng, qui a donné Tamerlan, mort en 1405. On a ainsi un dédoublement de Tamerlan, l’un vivant, l’autre mort, mais tous deux seigneurs de Tartarie et donc successeurs l’un de l’autre. En réalité, il semblerait que l’auteur prenne Tanburlà pour un titre, puisque plus loin il écrit que Tanburlà a pour nom Istrioco, fils de Timilbei[57]. Ce nom Istrioco, qui fait penser à « histrion », vient probablement de Shah-Rukh, qui est le fils de Tamerlan (mort en 1447).

On relève aussi un certain nombre de confusions dans la reprise des informations trouvées dans les sources. Par exemple, l’auteur décrit la transmission des informations entre le Grancane et ses voisins au moyen de dromadaires :

« E quando lo Grancane vuole sapere novelle del Presto Giovanni e dello inperadore del Gattaio, che sono suoi nemici, tiene questi dromedari che portano lettere di passo in passo ; e quando e’ truovono gl’altri dromedari, li dà le lettere, e torna adietro, e l’altro camina inanzi ; e cosi di giorno in giorno lo Grancane sente novelle de suoi nimici »[58].

« Et quand le Grancane veut avoir des nouvelles du Prêtre Jean et de l’empereur du Gattaio, qui sont ses ennemis, il tient ces dromadaires qui portent les lettres de relais en relais ; et quand ils trouvent les autres dromadaires, ils leur donnent les lettres et retournent en arrière, et les autres cheminent ainsi ; et de cette façon, jour après jour, le Grancane entend les nouvelles de ses ennemis. »[59]

Il s’agit de la description du fonctionnement de la poste mongole, telle qu’en parle Marco Polo, mais de façon quelque peu différente : pas de dromadaires chez le voyageur vénitien, mais des messagers à cheval, qui peuvent changer de monture dans des relais régulièrement espacés le long des routes et établis par le grand khan[60]. L’auteur du Libro piccolo di meraviglie a-t-il modifié les informations volontairement, pour ajouter de l’exotisme en parlant de dromadaires, par exemple, ou bien a-t-il écrit d’après des souvenirs vagues ?

Une des particularités de ce texte réside dans un certain humour dans les noms et les toponymes. Cela apparaît dès l’ouverture du texte avec les noms des compagnons de Jacopo da Sansoverino : le premier est le sénéchal de Bramante, ce qui veut dire « cupide, plein de désir »[61]. Le second s’appelle Guido dalla Loca ; il s’agit probablement d’un jeu de mot à partir de « loco », lieu. Le troisième est le vicomte de Teromagna, qui semble formé sur « terra magna » (grande terre)[62]. Il apparaît assez évident, en tout cas, qu’il s’agit de noms forgés et non de réels personnages.

D’autres personnages, des souverains, ou des territoires, ont des noms comiques ou formés de jeux de mots. Ainsi, parmi les royaumes vassaux de celui du Prêtre Jean, figure « un magnifique royaume, qui s’appelle Pensaremelo »[63], nom que l’on peut sans doute traduire par « j’y réfléchis ». Un autre roi soumis au Prêtre Jean s’appelle « Meneriscotto »[64] ; le fait qu’il s’agisse d’un jeu de mot est assez évident, mais il est plus difficile d’en comprendre le sens : le mot est-il forgé sur « riscatto » (rachat, rançon), ou bien sur « ricotto » (recuit), ou encore « rischioso » (risqué) ? Un autre seigneur encore s’appelle « Amodeo » (« j’aime Dieu ») et on nous précise immédiatement après qu’il est chrétien[65]. Le fils aîné du Prêtre Jean vit quant à lui dans une cité nommée « Verdiletto », que l’on peut traduire par « vrai délice » ; la cité voisine s’appelle quant à elle « Gioa » (« Joie »)[66]. Une des cités soumises au Grancane porte le nom de « Campofavano » (« champ favorable ») ; elle est très riche, fournit de l’encens au Grancane et on y trouve abondance d’or, d’argent et de plomb[67]. Autrement dit, elle porte bien son nom.

Il s’agit à l’évidence de noms parlants, tels qu’on en trouve alors fréquemment dans la littérature épique ou les nouvelles[68]. Certains ont un caractère comique ; ils témoignent en tout cas de l’inventivité de l’auteur, mais posent clairement la question du statut du texte.

D’autres noms ne comportent pas de jeux de mots, mais peuvent aussi être des clins d’œil au lecteur. Ainsi, leur interprète lorsqu’ils séjournent auprès du Prêtre Jean se nomme Carlo Grimaldi[69], un nom qui sonne de façon réaliste, mais qui fait peut-être aussi référence au Génois, fondateur de la principauté monégasque († 1357). Un autre de leurs interprètes, cette fois-ci auprès de Tamerlan, s’appelle Adorio Doria[70] ; le texte précise qu’il est génois. Doria est un nom typiquement génois et très répandu, probablement le patronyme que quiconque choisirait pour créer un personnage originaire de la cité ligure. On peut aussi noter l’homéotéleute, ou la similitude des syllabes entre le prénom et le nom.

Assurément l’auteur du texte joue avec ses lecteurs. Il s’adresse fréquemment à eux, les interpelant à la deuxième personne, leur faisant partager ses découvertes et les invitant à continuer à lire le récit. Il leur prodigue également des clins d’œil, comme pour établir une forme de connivence avec eux. Que cherchait donc à faire l’auteur de ce texte en l’écrivant ? quel public visait-il ?

Est-ce un texte purement divertissant ? Des traits d’humour sont certes présents, mais il ne s’agit pas vraiment d’un texte comique ou parodique, car une grande partie du texte est purement informative, reproduisant des éléments que l’on trouve dans d’autres récits de voyage ou des traités de type encyclopédique. On y lit même des informations qui constituent l’actualité d’alors, comme les conquêtes et la mort de Tamerlan, ou encore la tenue du concile de Constance et l’élection du pape Martin V (1417)[71]. On est donc loin du registre du conte de Fra Cipolla de Boccace. S’agissait-il de délivrer un savoir de type géographique sous une forme plaisante, sur le modèle du Livre de Mandeville ? Dans le cas, les jeux de mots sur les noms des souverains ou les noms créés de toute pièce, par exemple, ne devraient pas avoir leur place. L’autre hypothèse à laquelle on peut penser est celle d’une sorte d’exercice de style, d’amusement, composé par un écrivain pour son propre plaisir. Cependant ces textes ne connaissent en général pas de diffusion et restent conservés dans des manuscrits personnels peu soignés.

Or, trois manuscrits de ce récit sont parvenus jusqu’à nous. Ces manuscrits semblent se diviser en deux groupes, d’une part les manuscrits de Florence et de Yale, que l’on peut attribuer à un lectorat appartenant à la bourgeoisie marchande toscane, d’autre part le manuscrit du Vatican, qui relève d’un milieu humaniste et transmet le texte dans une forme soignée et élégante[72]. Les deux publics ne sont certes pas exclusifs, mais relèvent de milieux et de pratiques de lecture différents, ce que confirme également l’association des autres textes présents dans les manuscrits. Ils témoignent en tout cas d’une certaine réception de ce texte.

Ce texte encore méconnu et sur lequel il reste encore tant à dire rassemble à lui seul plusieurs questions posées par les récits de voyages fictifs, objets du projet qui est à l’origine de cette publication. À commencer par les motivations de son auteur : que cherchait à faire Jacopo da Sansoverino, ou l’auteur qui se cache derrière ce pseudonyme, en écrivant ce texte ? divertir son auditoire, composer un petit traité de géographie, écrire un récit d’imitation à la manière des récits de voyages, édifier ses lecteurs ? Le contenu du texte ne nous aide guère à trancher. Et les lecteurs eux-mêmes, quels furent-ils ? Qui a copié et lu ce texte ? et l’a jugé digne de figurer notamment dans un beau manuscrit, à la facture soignée ?

Quant au rapport entre récits réels et fictifs, là aussi ce texte se révèle intéressant. Les récits réels figurent à coup sûr parmi ses sources, de manière directe ou indirecte, mais la façon dont l’auteur a traité ces sources est plutôt déroutante : il ne les a pas suivies à la lettre, mais semble en avoir usé à sa façon, sans hésiter à les modifier fortement. Il n’a pas hésité également à créer de toutes pièces des noms de lieux ou de personnages. Tout le travail d’identification des sources reste à faire, l’éditeur ne donnant que quelques pistes en introduction. Cette recherche permettra assurément de mieux cerner à la fois les méthodes de travail de l’auteur, sa formation et son milieu d’appartenance, mais aussi, peut-être, les objectifs de son projet d’écriture.

Christine Gadrat-Ouerfelli

Aix Marseille Univ, CNRS, LA3M, Aix-en-Provence, France

 

 

Notes

[1]

Fazio degli Uberti, Il Dittamondo e le rime, éd. G. Corsi, Bari, Laterza, 1952, 2 vols.

[2]

Philippe de Mézières, Songe du viel pelerin, éd. Joël Blanchard, avec la collaboration d’Antoine Calvet et Didier Kahn, Genève, Droz, coll. « Textes littéraires français » 633, 2015, 2 vol.

[3]

Christiane Deluz, Le Livre Jehan de Mandeville, une « géographie » au XIVe siècle, Louvain-la Neuve, 1988.

[4]

Scott D. Westrem, Broader horizons. A study of Johannes Witte de Hese's Itinerarius and Medieval travel narratives, Cambridge, Medieval Academy of America, 2001.

[5]Image et voyage

Voir par exemple Julia Roumier, « El Libro del conosçimiento : l’imaginaire cartographique dans un voyage à travers les images », in . Représentations iconographiques du voyage, de la Méditerranée aux Indes orientales et occidentales, de la fin du Moyen Âge au XIXe siècle, Sylvie Requemora-Gros et Loïc P. Guyon (dir.), Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2012, p. 41-51.

[6]

Ce texte a été écrit avant la parution de la nouvelle édition de ce texte : Le ‘meraviglie del mondo’ nel viaggio, ad inizio Quattrocento di quattro cavalieri, éd. Laura Ramello, Alessandria, Edizioni dell’Orso, 2023.

[7]

Il n’a cependant pas échappé à Folker Reichert, Begegnungen mit Cina. Die Entdeckung Ostasiens im Mittelalter, Sigmaringen, Jan Thorbecke Verlag, 1992, p. 206-207. Il convient surtout de citer l’article de Matthew Coneys (« Travel writing reception theory and the history of reading reconsidering the late Middle Ages », Studies in Travel Writing, 22 (4), 2018, p. 353-370), qui lui réserve une étude détaillée. Marianne O’Doherty traite de ce récit dans sa thèse de doctorat (Eyewitness accounts of the ‘Indies » in the Later Medieval West : Reading, reception and Re-use (c. 1300-1500), University of Leeds, 2006, p. 245-250), mais n’a pas repris ces éléments dans la publication qui en est issue (The Indies and the Medieval West : Thought, Report, Imagination, Turnhout, Brepols, 2013).

[8]

Viaggio fatto da Jacopo da Sanseverino con altri gentiluomini e da esso descritto. Testo inedito del sec. XV, éd. Leone Prete, Lucca, Tipografia Giusti, 1868.

[9]

Libro piccolo di meraviglie di Jacopo da Sanseverino, éd. Marziano Guglielminetti, Milan, Serra e Riva Editori, 1985.

[10]

Florence, Biblioteca Medicea Laurenziana, Med. Palatino 115.

[11]

Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, Barb. Lat. 4048.

[12]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 135-148.

[13]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 60. L’écriture dite mercantesca s’est développée en Italie dans les milieux marchands et notariaux à la fin du XIIIe siècle. Elle se caractérise notamment par une forte cursivité.

[14]

Le manuscrit contient des textes historiques, dont la copie est signée par « A. F. G. della rocha nuova della nuova cittadella di Pisa » en 1478 (f. 89v), suivis d’une version vernaculaire du Secretum secretorum (f. 91-106). Angelo Maria Bandini, Bibliotheca Leopoldina Laurentiana, t. III, Florence, 1793, col. 318-321 ; Fabio Zinelli, « Ancora un monumento dell’antico aretino e sulla tradizione italiana del Secretum secretorum », in Per Domenico de Robertis. Studi offerti dagli allievi fiorentini, I. Becherucci, S. Giusti e N. Tonelli (dir.), Florence, Le Lettere, 2000, p. 509-561, aux p. 539-540.

[15]

A. M. Bandini, Bibliotheca Leopoldina Laurentiana, op. cit., t. III, col. 321.

[16]

Sur cette légende, voir Arturo Graf, Miti, leggende e superstizioni del Medioevo, Milan, Mondadori, 2002, p. 82-86.

[17]

Ce manuscrit est consultable en version numérisée : https://digi.vatlib.it/view/MSS_Barb.lat.4048

[18]

F. Reichert, Begegnungen mit Cina, op. cit., p. 178 ; Odorico da Pordenone, Libro delle nuove e strane e meravigliose cose, éd. Alvise Andreose, Padoue, Centro studi Antoniani, 2000, p. 72-73.

[19]

F. Reichert, Begegnungen mit Cina, op. cit., p. 178.

[20]

Ce manuscrit est consultable en version numérisée : https://collections.library.yale.edu/catalog/11007489

[22]

N’ayant pas eu accès au manuscrit de Florence, je reproduis ici le texte de l’édition de Guglielminetti, Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 69.

[23]

On remarquera toutefois que Vatican et Yale parlent d’un Italien, tandis que Florence qualifie Jacopo de « latino ».

[24]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 70 : « Andamo in Gerusalem, et vicitamo tutti quelli santi lati ».

[25]

Comme l’indiquent M. Guglielminetti et M. Coneys, la version du Vatican comporte en outre des ajouts ou des extrapolations.

[26]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 61.

[27]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 69. Toutes les traductions de ce texte sont de moi.

[28]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 69.

[29]

Felice et divoto ad Terrasancta viagio facto per Roberto de Sancto Severino (1458-1459), éd. Mario Cavaglià et Alda Rossebastiano, Alessandria, Edizioni dell’Orso, coll. « Oltramare » 9, 1999.

[30]

Sur cette famille, voir Sylvie Pollastri, « Une famille de l’aristocratie napolitaine sous les souverains angevins : les Sanseverino (1270-1420) », Mélanges de l’Ecole française de Rome, 103-1, 1991, p. 237-360. Si plusieurs membres de cette famille ont porté le prénom de Giacomo, dont un qui apparaît dans un document de 1421 (p. 238), il reste difficile de conclure à l’identification avec l’auteur du Libro piccolo.

[31]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 105.

[32]

Sur ce passage et le dévoilement de l’identité de l’auteur, voir Jeannine Guérin Dalle Mese, Égypte. La mémoire et le rêve. Itinéraires d’un voyage, 1320-1601, Florence, Leo S. Olschki editore, 1991, p. 71-72.

[33]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., respectivement p. 70, 81, 97 et 99.

[34]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 96.

[35]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 93.

[36]

Rom – Jerusalem – Santiago. Das Pilgertagebuch des Ritters Arnold von Harff (1496-1498), traduit et commenté par Helmut Brall-Tuchel et Folker Reichert, Köln-Weimar-Wien, Bölhau Verlag, 2009.

[37]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 70.

[38]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 131 : « Ancora su Gerusalemme. Il viaggio di Gerusalem si fae di diversi peregrinaggi. Essendo in Gerusalem si va prima al Santo Sepolcro, e dipoi a monte Calvario, e poi Nazarett (istanovi i frati di Santo Francesco) ; e poi Bettelem e la valle di Jusafat, e ’l fiume Giordano, e ’l monte dove Cristo lasciò le pedate in uno sasso, a poi Galilea, e l’orto dove Cristo orò. E ’l porto di Galilea detto Giaffa : èvvi una torre, ed è discosto a Gierusalem quaranta miglia ».

[39]

Ces titres ne figurent pas dans les manuscrits, ils ont été ajoutés par le dernier éditeur, mais ils désignent assez bien le contenu des différents chapitres.

[40]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 94-95.

[41]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 124.

[42]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 132.

[43]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 78 : « Noi vi giugnemo il primo dì di novembre nel 1418, e stemovi otto dì inanzi che potessimo parlare al Prete Giovanni ».

[44]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 78.

[45]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 73.

[46]

Jean de Mandeville, Le livre des merveilles du monde, éd. Christiane Deluz, Paris, CNRS Editions, 2000, p. 435-436.

[47]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 76-77.

[48]

Pline, Histoire naturelle, VII, 2.

[49]

Jean de Mandeville, Le livre des merveilles du monde, op. cit., p. 364-365.

[50]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 96.

[51]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 98.

[52]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 98. Comparer avec Marco Polo, Le devisement du monde, éd. et trad. Joël Blanchard et Michel Quereuil, Genève, Droz, coll. « Texte courant » 8, 2019, p. 406-409.

[53]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 98 ; cf. Marco Polo, op. cit., p. 418-421.

[54]

Ce qui donnerait la forme « uinsai », l’U initial étant ensuite écrit sous la forme V, comme il est d’usage. Les trois manuscrits du Libro piccolo s’accordent sur la forme Venzina.

[55]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 99.

[56]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 101.

[57]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 102 : « E ’l detto grande Tanburlà à nome Istrioco, figliuolo fu di Timilbei, ed era la sua signoria insino a’ confini di Domasco ».

[58]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 96.

[59]

L’auteur passe du pluriel au singulier ; j’ai gardé le pluriel pour plus de clarté.

[60]

Marco Polo, op. cit., p. 268-271.

[61]

Rappelons que le manuscrit du Vatican a modifié le nom en « Brabante », pour donner un nom réel.

[62]

C’est d’ailleurs ainsi que le manuscrit du Vatican corrige le nom : « Terra Magna ».

[63]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 74.

[64]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 77.

[65]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 78.

[66]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 82.

[67]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 100.

[68]

Sur cette question, voir Michelangelo Zaccarello, « Primi appunti tipologici sui nomi parlanti », Lingua e stile, 38, juin 2003, p. 59-86.

[69]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 80.

[70]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 102.

[71]

Libro piccolo di meraviglie, op. cit., p. 121.

[72]

Ce manuscrit comporte de larges marges blanches, l’écriture est particulièrement soignée et le texte s’ouvre par une initiale à « bianchi girari », typique des manuscrits humanistes.

Référence électronique

Christine GADRAT-OUERFELLI, « Le voyage merveilleux de Jacopo da Sansoverino (1416-1418) », Astrolabe - ISSN 2102-538X [En ligne], Géographies imaginaires, mis en ligne le 04/03/2025, URL : https://www.crlv.org/articles/voyage-merveilleux-jacopo-da-sansoverino-1416-1418

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Table des matières

Présentation

2. L’imaginaire géographique dans la fiction viatique