Voyage entre la Baie d’Antongil et le Royaume d’Antangil. Les relations entre la littérature viatique et la première utopie française

1. L’Histoire d’Antangil et ses sources

Avant d’aborder l’Histoire du grand et admirable Royaume d’Antangil – par la suite appelée simplement l’Histoire d’Antangil –, il est inévitable de faire une remarque à propos de l’expression de  « première utopie française [1]». Bien qu’une telle attribution soit facilement discutable[2], cette expression s’est désormais imposée avec l’édition du livre de Frédéric Lachèvre en 1933, dans les différents travaux sur le sujet. Les études les plus substantielles portant sur ce texte viennent notamment de Frank Lestringant, mais également de Lake Prescott (2018), de Carolina Martínez (2019) et de Nadia Minerva (2012) qui proposent une réévaluation de ce texte qui, même dans la recherche sur l’utopie, est souvent négligé[3].

L’Histoire d’Antangil a été publiée en 1616 par un auteur qui a signé son récit avec le pseudonyme I.D.M.G.T et dont l’identité reste une énigme jusqu’à aujourd’hui.[4] Son utopie consiste en une histoire dans laquelle le narrateur prétend faire partie d’une expédition commerciale à Java, au cours de laquelle il rencontre l’ambassadeur d’un pays étranger, nommé Antangil. À la suite de ce récit-cadre, le narrateur est informé des principales caractéristiques de ce royaume qui se trouve géographiquement proche de l’Australie actuelle, un territoire dont on ne connaissait pas encore les limites.[5] Il s’agit d’une région qui, au début des temps modernes, était généralement connue sous le nom de terra australis (incognita) et qui a servi de source d’inspiration à plusieurs utopies surtout au cours du xviie siècle (i. e. La Terre australe connue de Foigny et l’Histoire de Séverambes de Denis Veiras)[6].

Dans la description du royaume, le narrateur nous informe sur la géographie, la flore, la faune, les bâtiments, la politique et la religion de l’état inconnu. Ainsi, Antangil se présente comme un empire qui existe depuis 2500 ans, conçu avec une perfection telle qu’il n’a plus jamais dû changer sa constitution. Alors que le premier livre s’intéresse principalement à la géographie de l’empire, le second livre traite en détail de son organisation : on y découvre que tout le système étatique y est structuré de façon hiérarchique, à commencer par les familles. Le troisième livre est une description précise de la structure militaire, tandis que le quatrième livre traite en profondeur de l’éducation des jeunes hommes d’Antangil. Enfin, la dernière partie s’attarde sur la religion du royaume, donnant un compte-rendu rigoureux de la façon dont Antangil a pu se convertir au christianisme, bien qu’étant isolé du reste du monde[7].

Les liens intertextuels de l’Histoire sont, pour l’essentiel ?, attribuables à trois différentes sources : 1. pour l’idée de décrire une société parfaite mais inexistante, la référence est évidemment l’utopie de More parue cent ans auparavant[8] ; 2. comme fondement mythologique, l’Histoire d’Antangil se réfère à la conception de la déjà nommée terre australe et au mythe de Java La Grande ; 3. comme c’est le cas pour la majorité des utopies de l’époque, les modèles narratifs pour le récit-cadre sont les récits de voyages, à l’instar des expéditions maritimes du début de l’ère moderne.

En ce qui concerne les liens entre la littérature viatique et le genre de l’utopie, il existe beaucoup de littérature, mais dans le cas de l’Histoire d'Antangil, il ne s’agit normalement que de références génériques, sans que les sources concrètes du récit ne soient étudiées. Dans la suite de ce travail, nous nous intéresserons notamment à l’examen de ces interrelations.

2. Les connexions

L’auteur de l’Histoire nous donne le premier indice concernant la relation entre Antangil et la littérature hodéporique[9] dès l’avant-propos du récit, où I.D.M.G.T. fait référence à l’arrière-plan intertextuel de l’utopie:

Estant au païs bas, lors que le second dessein fut fait par vos Excellences d’envoier vos flottes aux Indes Orientales pour en rapporter les richesses que ces fertiles terres produisent, et augmenter par tel moien tant les biens du public, que des particuliers à vostre grande louange et perpetuelle mémoire; Il me print envie de m’embarquer sous la conduite de l’Admiral Iacques Corneille Necq afin de pouvoir voir à l’œil les choses rares et admirables que nous lisons en tant d’autheurs modernes. (HdA, p. 23)[10]

Dans cette citation, I.D.M.G.T. se réfère explicitement aux récits de voyage maritime, mais de quels récits s’agit-il exactement ? Lorsqu’à partir des années 1590, les Pays-Bas, pays d’accueil du narrateur, lançait plusieurs expéditions vers l’océan Pacifique – en suivant les routes déjà établis par les Portugais pour le commerce des épices[11] –, il en résulta une hausse des publications des récits des voyage concernant cette région-là : en premier lieu, l’Itinerario de Jan Huygen van Linschoten[12], publié en néerlandais en 1596 (en 1598 sortent les versions allemande et anglaise, et en 1610 enfin la version française[13]). En 1595, la première expédition néerlandaise prend la mer sous les ordres de l’amiral Cornelis de Houtman dont les aventures sont publiées en 1598 dans différents livres, dont le Premier livre de l’Histoire de la navigation aux Indes orientales[14]. De plus, une nouvelle édition en néerlandais de l’Itinerario de Ludovico de Varthema (un texte écrit en italien en 1510) est publiée en 1615. Cet ouvrage constitue – avec les descriptions de Marco Polo – l’une des plus anciennes représentations occidentales de la région. En 1615, João Baptiste Lavanha publie aussi la quatrième partie des Décadas de João De Barros, apportant des rapports posthumes qui concernent la zone géographique où se trouve Antangil. Nous pouvons donc conclure qu’entre 1596 et 1615, la production de récits de voyage portant sur la région géographique dont est issu le royaume fictif et qui peut être considérée comme la source principale des « choses rares et admirables que nous lisons », augmente significativement.

En outre, il y a des éléments encore plus concrets : notre narrateur spécifie le contexte de son voyage en précisant même le nom de l’amiral de la mission, un certain Iacques Corneille Necq. Cette information coïncide avec le fait historique que la même année, en 1598, les Pays-Bas lancent une deuxième expédition vers l’Indonésie[15], ou plutôt vers les Indes orientales, dont l’amiral est effectivement Jacob Cornelius van Neck. Ses relations viatiques ont été publiées  par l’auteur du Premier livre sous le nom de Second Livre de l’Histoire de la navigation aux Indes orientales (1601) simultanément en français, latin et en néerlandais[16]. L’auteur de ces relations signe avec le pseudonyme de G.M.A.W.L., toutefois – contrairement à I.D.M.G.T. – son identité est bien connue : il s’agit de Willem Lodewijcksz, un navigateur néerlandais qui a lui-même participé à l’expédition maritime[17]. Puisque le narrateur d’Antangil se présente comme faisant partie de cette expédition néerlandaise aux Indes orientales, il semble évident que la rédaction de son récit se base également sur ses prédécesseurs textuels et plus précisément, sur les rapports de l’expédition publiés entre 1598 et 1601. En effet, il existe un certain nombre de références intertextuelles entre l’Histoire d’Antangil et la littérature viatique mentionnée ci-dessus comme nous nous efforçons de le montrer dans le prochain chapitre.

 

2.1 Connexions cartographiques

La page de titre du Premier livre, est illustrée par une carte du monde (fig. 1). La région qui est géographiquement la moins décrite sur cette carte se situe sur une terre très peu cartographiée en Asie du Sud-Est, près de l’Australie actuelle. L’observateur contemporain de la carte comprend qu’il s’agit soit de Java la Grande, soit de la terra australis (incognita). La vision de la région au xvie et xviie siècle est fortement influencée par Ptolémée, dont la Géographie a été imprimé en 1475, incluant des cartes reconstruites[18]. Fruits de la réédition du Livre des merveilles de Marco Polo, quelques toponymes parviennent aussi à figurer sur la carte, comme Beach, Locac(h) et Maletur[19]. Ces régions font leur entrée dans la cartographie de l’époque, par exemple sur les cartes de Mercator comme sur celles de Dieppe, créés au milieu du xvie siècle et qui deviennent certainement une source d’inspiration pour l’auteur, I.D.M.G.T. Au sud de Java se trouve une grande étendue de terre ferme, appelée généralement Java la Grande[20]. Les relations entre Java la Grande et la terre australe sont extrêmement complexes. Parfois Java la Grande est vue comme une île indépendante de la terre australe, ce que l’on appelle la terre australe correspondant plutôt à l’Antarctique d’aujourd’hui, et d’autres fois, elle est considérée comme une partie essentielle de la terre australe. Ainsi, des conceptions différentes entrent en concurrence. Toutefois toutes les cartes s’accordent sur le fait qu’au sud de Java se trouve un territoire encore inconnu.

En comparant la carte de couverture du Premier Livre avec la description de la situation géographique d’Antangil, on fait le constat de similitudes indéniables. On trouve cette même carte aussi bien dans l’édition néerlandaise que dans les éditions latine et française, tandis que le livre allemand de Hulsius contient une carte plus précise, qui représente également des latitudes encore plus méridionales. Sur cette carte, la Descriptio totius orbis terrae (1598), nous voyons que la zone en question fait partie de la terra australis incognita. Les degrés sont également indiqués sur la carte et nous permettent de prendre la mesure de l’étendue du royaume (d’Antangil) selon la description de l’I.D.M.G.T.

Ce grand et fleurissant Royaume d’Antangil, incognu jusques à présent aux anciens Historiens et Cosmographes, mais toutes-fois tres-fameux aux regions de Chine, Taprobane et Iava, est situé au Su de la grande Iave; sa longuer s’estend six degrez par deçà le Tropique de Capricorne, et le Ouest vers le Pôle Antarctique jusqu’au 50 degré. (HdA, p. 23)

On peut s’interroger : pourquoi Antangil s’arrêterait-il à la cinquantième latitude ? La frontière sud d’Antangil est décrite comme étant délimitée par des montagnes et il semble que l’auteur ait également utilisé d’autres cartes comme source/modèle : « Il est limité du costé de nostre Pole, de la grande mer des Indes. De l’Antarctique de certaines hautes montagnes tous jours pleines de neige, nommées Sariché, habitées de gens fort barbares et cruel. [21]» L’emplacement du territoire d’Antangil, tel que décrit ici correspond aux régions répertoriées par Marco Polo[22].

Mais I.D.M.G.T a probablement utilisé aussi d’autres cartes pour trouver son inspiration, comme les cartes de Dieppe de 1543 (fig. 2) sur lesquelles on distingue clairement une rivière au centre qui coule vers l’océan Indien, ainsi qu’une rivière à l’est et une autre à l’ouest, qui pourraient être considérées comme les fleuves qu’I.D.M.G.T., dans l’Histoire, nomme Iarrit, Bachil et Pachinquir [23]:

De l’Est d’un grand fleuve nommé Iarrit, qui va tomber en la mer des Indes, De L’Ouest, d’un autre fleuve nommé Bachil. Par le milieu se fait un grand Goulphe nommé Pachinquir, lequel s’estend jusques à cent lieues dans les terres, faisant plusieurs belles anses, ports, rades et isles. (ibid.)

Par ailleurs, le lien cartographique est plus évident encore  lorsque l’on considère simplement le nom du royaume. Dans le Premier Livre de Lodewijcks, le voyage le long de la côte ouest de l’Afrique est décrit sous forme d’un récit très narratif jusqu’à ce que l’équipe parvienne à traverser le Cap de Bonne Espérance pour naviguer vers l’est. Nous trouvons ici ce qui a certainement été la première source d’inspiration importante de l’utopie d’I.D.M.G.T. : après le Cap de Bonne Espérance, l’amiral Houtman et son équipe arrivent à Madagascar. Ils explorent la côte de l’île et se dirigent vers le nord-est en directions de la Baie d’Antongil (Sinus Antongili), où ils jettent l’ancre et entrent en contact avec la population.

Le golphe, dit d’Antongil est situé souz la haulteur de 16 degrez et demi, du Pole Antarctique, s’estendant Nornordouest et Sudsudest, 10 lieues en longeur et 5 lieues ou environ en largeur. Contient une belle veriante Islette, bien haulte de manière qu’au pied d’icelle n’y ait autre plaine que le rivage. Elle est très fertille de tout fruicts d’arbres comme sont Limons, Citrons, et Orenges; aussi de Ris, Bananas, Poules, et de plusieurs autres choses; mais principalement pourveue de belles et commodieuses eaus, qui descendent entre les grottes du hault terroir, jusques au rivages, ce qui est fort commode pour refrechir les navires d’eau fresche[24].

Il s’agit de la première description détaillée de la relation de Lodewijcks. Le style fortement énumératif-narratif du récit est abandonné au profit d’une description synchrone du monde observé.[25] Ant-o-ngil est donc un lieu réel, un lieu merveilleux par son altérité, dont la description se poursuit pendant longtemps dans divers ouvrages encyclopédiques. Le nom de la baie n’est pas originaire du Madegas, mais fait référence à Antonio Gil, le navigateur portugais qui aurait découvert la baie pour le Portugal[26]. Cette relation de voyage contient l’une des premières descriptions de la baie d’Antongil, qui est également représentée graphiquement dans le livre[27].

2.2 Connexions structurelles

Au niveau textuel il est également possible d’établir des relations entre l’Histoire d’Antangil et les Livres des voyages aux Indes Orientales. Cela est particulièrement vrai pour le xive chapitre du Premier Livre, dans lequel nous trouvons une description détaillée de la faune. En comparant la présentation de la faune d’Ant-o-ngil à celle d’Ant-a-ngil, nous pouvons supposer que la première a servi de modèle à la seconde en termes de structure textuelle et de contenu. En effet, la description de la faune représentée dans les deux textes est structurellement identique. Dans le chapitre V de l’Histoire, I.D.M.G.T. écrit :

Quand aux Bonites, Albicores, Dorades, Tortues et grandes Baleines, elles y sont en grande quantité, estant ce goulphe le plus poissonneux, dont on aie encores ouï parler. Outre cela, il y a des Congres, ou anguilles de mer d’excessive grandeur, comme de quarante brasses, et de quatre ou six de grosseur, lesquelle se joüans au milieu des ondes ont renversé maints batteaux et barques des moienne grandeur. (HdA, p. 36)

Les Bonites sont fort bon manger […]. Quant aux Albocores, c’est a dire, Poisson avec la peau blanche […]. Reste maintenant le Brame de Mer, des Portuguez nommé Dorado […] Pareillement on trouve en la Mer fort grandes Tortuës […]. Les Lamoins nagent aussi en grands troupes, comme les Marsovins. […] Ils sont un petit moindres que la Baleine […][28].

Bien que les animaux mentionnés ne soient pas complètements identiques dans les deux textes, il est remarquable que les auteurs respectent le même ordre dans l’énumération de ces espèces. Les descriptions de Lodewijcks sont beaucoup plus longues à cet égard et ne se limitent pas seulement à une énumération des observations comme pour I.D.M.G.T. Il est très plausible que I.D.M.G.T. ait pris comme base le texte de Lodewijcks, en extrayant les informations les plus importantes pour présenter, dans son utopie, un résumé des descriptions. Le lien intertextuel est d’ailleurs confirmé par le fait que la description de I.D.M.G.T. se termine par les poissons volants, qui sont également représentés graphiquement dans le récit du voyage, avec toutes les autres espèces marines.

Quant aux poissons volans, il y en a fort peu, d’autant qu’ils n’abandonnent la ligne Equinoctiale de si loin, toutefois le soleil revenant à toucher le Tropique, on en voit en plus grande quantité et en prend-on quelques uns. (HdA, p. 36)

Mais, il y a des références encore plus évidentes : dans sa préface, I.D.M.G.T nous emmène à Bantam, la grande métropole commerciale de Java. Il s’agit précisément du lieu où arrive l’expédition hollandaise après avoir quitté Antangil. Le cadre narratif de l’histoire commence par le fait que le narrateur de Bantam rencontre le messager d’Antangil :

Sachez donc, Messieurs, qu’estant arrivé à Bandan l’an 1598, ville principale de la grande Iave, voiant qu’en peu de temps je ne pouvoie voir, ni apprendre, ce que je m’estoie promis partant de ces contrées, je suppliay l’Admiral à qui j’avoie communiqué mon dessein, me vouloir permettre demeurer en ces païs: Ce qu’il fit avec regret, après m’avoir proposé tous les inconvéniens et incommoditez qui me pouvoient advenir, séjournant parmi ces peuples et régions tant esloignées avec incertitude du retour. (HdA, p. 24)

Indépendamment de la description de Java, l’intégration des connaissances des relations viatiques devient encore plus visible, comme c’est le cas en ce qui concerne la description de la flore dans les deux livres. Il s’agit encore une fois d’un emprunt formel indéniable. Cela est particulièrement frappant dans la structure de la phrase suivante, où I.D.M.G.T. écrit :

Aux lieux montueux et hauts, des orenges, limons, grenades d’extreme grosseur et generalement de tous les fuicts qui se trouvent aux Indes, comme Cocos, Annanas, bonanas, mangoas, betel, palmites, mirabolans, canelle poivre, gyrophle, gingimbre, mastic, benioin, graine guaiax, bresil et plusieurs autres fruicts, bois et drogues exquises. (HdA, p. 11)

Ce ne saurait être un hasard si l’on trouve les mêmes expressions dans L’Itinerario de Linschoten :

Man findet allda Hünner, Hirsch, Visch, Reyß, und allerley obß, als pomeranzen, limonen, granaten, melonen cümerling, zwifel knoblauch, drauben, von Indianisch obs, als Ananas, Cocos, Bonanas, Manges, Doryens, Iacca, Pruna, etc[29].

Cette liste des différents types de fruits, qui se trouve dans la version allemand et néerlandaise du récit, est pratiquement identique à la version d’Antangil. Celle-ci présente la même orthographe pour les bonanas avec o[30], pourtant déjà écrites avec a en français à l’époque. Cela ne signifie pas pour autant que l’auteur de l’Histoire ait nécessairement pris ce passage comme modèle. Éventuellement les deux extraits pourraient faire référence à une même source, mais il nous semble qu’une connexion entre les contenus des récits et le discours de l’utopie ne peut pas être niée.

2.3 Les connexions lexicales

Si tous les extraits cités jusqu’ici sont tirés des récits de l’expédition de Cornelis de Houtman, nous remarquons qu’il existe une très nette influence du Second livre et donc des récits de l’expédition de Jacob Cornelius van Neck sur la conception d’Antangil. Là aussi, outre le cadre narratif, nous pouvons nous appuyer sur une référence convaincante. Il s’agit de l’argument le plus important qui prouve le lien entre Antangil et les deux récits de voyages précités: les toponymes précis d’Antangil, sur lesquels des recherches de fond n’ont pas encore été effectuées. Au début de l’Histoire, nous trouvons la carte d’Antangil (fig. 3), fréquemment reproduite et sur la page opposée, la légende moins connue qui énumère tous les noms géographiques (les lacs, les fleuves et les villes d’Antangil, fig. 4)[31].

Dans cette légende fictive se trouvent des noms comme Pachinquir, Nigrychamar ou Tamapinga. On pourrait penser que tous ces noms sont le fruit de l’imagination de l’auteur, mais ce n’est pas tout à fait le cas. En effet, dans le récit du Second livre, l’auteur a ajouté un appendice contenant un des premiers dictionnaires malaisien et javanais du monde occidental. Il s’agit d’une liste assez courte, de quelques centaines de mots seulement. Or, nous constatons que plus de deux tiers des noms de villes d’Antangil se trouvent, à la lettre près, dans ce corpus de mots.[32]

Malheureusement, il n’est pas évident de trouver la logique qui a guidé l’auteur dans le choix des toponymes d’Antangil. Les noms de lieux dérivent de verbes, d’adjectifs et de noms et, sémantiquement, ils semblent également choisis de manière complètement aléatoire. Il semble que l’auteur ait simplement choisi les mots qui sonnaient le mieux pour compléter sa vision cartographique de l’utopie d’Antangil (les exceptions sont des toponymes tout à fait compréhensibles comme Negribaick, qui se compose des termes « ville » (negry) et « bon » (bayck)). Cependant, l’origine des autres noms qui ne sont pas utilisés en malaisien ou javanais reste mystérieuse. En effet les principales dénominations d’Antangil, comme Pachinquir, Iarri, Bachil ou Sangil, ne peuvent être attribuées à cette source. Celles-ci proviennent de l’imagination, ou bien trouvent leur origine dans d’autres sources qui n’ont pas encore été identifiées. Il apparait évident qu’I.D.M.G.T. a largement puisé son inspiration dans ces récits, au point d’utiliser certains mots du lexique qui y figure comme des noms d’éléments géographiques décrits dans son Histoire.

3. Conclusions

Mettre en évidence les liens intertextuels entre les récits de voyage et les utopies n’a pas pour objet de dévaloriser le potentiel créatif des textes en question, bien au contraire, il permet de montrer le dense réseau d’interrelations entre la fiction et la réalité qui s’imbrique étroitement pour produire le discours viatique ; un discours qui, au xviie siècle, franchit l’environnement des lettres humanistes et passe dans la culture générale et populaire.[33] Cela est vrai non seulement pour Antangil, mais aussi pour toutes les autres utopies de l’époque.

Bien que l’année 1616 marque le début de l’utopie française, elle constitue en même temps l’aboutissement de cette première vague de voyages littéraires aux Indes Orientales. Le fait que le genre de l’utopie soit marqué par les grandes découvertes de l’époque fait partie du common sense de la recherche sur l’utopie. Ce fait peut aussi être étayé par la comparaison de documents textuels précis, comme pour l’Histoire d’Antangil, dans laquelle apparait, comme nous l’avons vu, à de nombreuses reprises, la référence aux Premier et Second Livre de Wilhelm Lodewijcksz.

Plusieurs arguments nous ont amené à penser que l’utopie d’I.D.M.G.T. avait été créée de manière très systématique selon le modèle de ces relations viatiques. Les similitudes structurelles, morphologiques, mais aussi lexicales concernent en résumé 1. l’emplacement d’Antangil, 2. le nom d’Antangil, 3. l’adaptation de séquences identiques dans l’énumération des éléments de la flore et de la faune et 4. les toponymes qui correspondent aux listes de mots du Second Livre. Ces éléments montrent donc à quel point I.D.M.G.T. s’est inspiré des originaux des relations de voyage.

Malgré les points communs, il existe aussi des différences entre ces textes qu’il convient de mettre en évidence : celles-ci se situent en effet dans la répartition des passages narratifs et descriptifs entre les deux formes textuelles. Alors que les récits de voyage font principalement l’objet d’une écriture narrative, celle-ci est réduite au minimum dans l’utopie. Seule la préface d’Antangil est narrative, puis le livre se poursuit avec des passages descriptifs typiques des utopies de l’époque. En outre, il est à noter que les cultures d’Antongil, de Bantam et d’Antangil ne se ressemblent guère, malgré toutes les similitudes portant sur des éléments uniques tels qu’ils ont été analysés au micro-niveau. Ainsi I.D.M.G.T. réduit considérablement le niveau ontologique de la représentation à des objets bien connus de la société occidentale. La société d’Antangil agit dans une large mesure comme une société européenne « développée » à l’instar d’une culture classique. Il n’y a aucun cas de concordance avec les descriptions de l’Indonésie, ni en architecture, ni dans les vêtements, ni dans la religion, ni encore en ce qui concerne les coutumes. Toutes les conditions sociales correspondent davantage à une société courtoise du xviie siècle. I.D.M.G.T. continue d’écrire les enregistrements de voyage en faisant état d’un endroit qui n’a pas encore été exploré, à savoir la prétendue pointe nord de la terra australis ou Java la Grande. Cependant, il est naturel de se demander pourquoi l’auteur d’Antangil positionne son récit exactement là où des régions sont déjà identifiées sur des cartes qui lui sont contemporaines, à savoir Beach, Locac(h) et Maletur.

Enfin, il existe un parallèle particulier et bien évident entre les noms des deux auteurs G.M.A.W.L. et I.D.M.G.T. qui signent tous les deux avec des acronymes de cinq lettres. Malheureusement, l’identité d’I.D.M.G.T. n’a pas été clarifiée de manière satisfaisante à ce jour et aucun nom de personnes impliquées dans l’expédition ne correspond à cet acronyme.

Albert Göschl

Université de Graz

 

Fig. 1

fig. 1. Page de couverture du Premier livre de l’histoire de la navigation aux Indes orientales de Wilhelm Lodewijcks.

 

Fig 2

fig. 2. Partie de la carte de Dieppe de 1543, montrant la partie septentrionale de la terre australe avec les trois fleuves.

 

Fig 3

fig. 3 : Carte d’Antangil représentée au début de l’Histoire d’Antangil. © bnf

 

Fig 4

fig. 4. Légende fictive de la carte d’Antangil

 

 

Notes

[1]

     Cette étiquette remonte à une analyse du texte par F. Lachèvre, Les successeurs de Cyrano de Bergerac. Paris, Edouard Champion, 1922 ; et à l’édition du texte intitulé La première utopie française. Le Royaume d’Antangil (inconnu jusqu’à présent), éd. id., Paris, La Connaissance, 1933.

[2]

     Voir à cet égard, par exemple, le débat sur Alector (1560) de Barthélemy Aneau, qui contient une description utopique des villes à l’instar de la ville idéale italienne, cf. F. Lestringant, « Huguenots en Utopie, ou Le genre utopique et la Réforme (xvie -xviiie siècles) », Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, 146, 2000, p. 281s. Mais il faut aussi ajouter le texte anonyme Le supplément du Catholicon ou. Nouvelles des regions de la lune, 1595, qui contient également des éléments utopiques essentiels à travers un fantastique récit de voyage sur la lune. Lachèvre doit cependant avoir raison de dire que, même après de nombreux autres textes utopiques datant du xvie au xxe siècle – il suffit de mentionner l’extrait de Rabelais à l’abbaye de Thélème – Antangil est la première utopie française sur le modèle de More(s) ?, plus précisément au sens classique de société du bonheur alternative située sur une île étrangère. Bien que les livres d’Antangil et d’Utopia soient stylistiquement très éloignés, l’appartenance à un même genre de texte ne peut tout simplement pas être niée.

[3]

     Les études récentes pertinentes sur Antangil proviennent principalement de F. Lestringant, 2000, op. cit., p. 253–306 ; et Jean de Léry ou L’invention du sauvage. Paris, Champion, 2005. D’autres réflexions sur Antangil se trouvent dans J. C. Davis, « Utopianism », The Cambridge History of Political Thought 1450–1700, éd. J. H. Burns et M. Goldie, vol. 54, Cambridge University Press, 1991, p. 329–344 ; O. Leplatre, « Déplier l’utopie. Histoire du grand et admirable Royaume d’Antangil, 1616 », Textimage, 2, 2008 ; ou D. Grélé, « Travail et Justice au royaume d’Antantil (1616) », Proceedings of the Western Society for French History, 31, 2003, p. 1–16 ; Uwe Dethloff, Literatur und Natur - Literatur und Utopie: Beiträge zur Landschaftsdarstellung und zum utopischen Denken in der französischen Literatur, Lieu ?, Narr, 2005, p. 133–135.

[4]

     Pour le long débat sur l’identité de l’auteur, cf. N. v. Wijngaarden, Les odyssées philosophiques en France entre 1616 et 1789. Réimpression de l’édition d’Harlem. Genève–Paris, Slatkine, [1932] (1982); F. Lachèvre, 1922, op. cit. ; R.-L. Doyon, « Variations de l’Utopie », La première utopie française. Le Royaume d’Antangil (inconnu jusqu’à présent), éd. F. Lachèvre, Paris, La Connaissance, 1933, p. vii–xxi ; A. Cioranescu, « Le Royaume d’Antangil et son auteur », Studi Francesi, 28, 1963, p. 17–25 ; J. Méral, « Jean du Matz est-il l’auteur d’Antangil ? », Romance Notes, 9, n° 2, 1968, p. 278–280.

[5]

     Pour l’histoire complexe de la découverte de l’Australie cf. par ex. R. King, « From “Beach” to “Western Australia”: Dirk Hartog and the Transition from Speculative to Actual Geography », The Great Circle, 38, n° 1, 2016, p. 45–71.

[6]

     Pour d’autres utopies situées dans la terre australe, voir C. Braga, Du paradis perdu à l’antiutopie aux xvie-xviiie siècles. Paris, Classiques Garnier, 2010, p. 122–134, ainsi que les travaux de P. Ronzeaud comme p. ex. L’utopie Hermaphrodite: « La Terre Australe Connue » De Gabriel De Foigny, 1676. C.M.R. développer 17, 1982 ; « Foigny, Veiras, Romanciers Utopistes, Ou Les Dérives D’un Genre » Littératures classiques, vol. 15, no. 1, 1991, p. 247–258 et P. Kuon, Utopischer Entwurf Und Fiktionale Vermittlung: Studien Zum Gattungswandel Der Literarischen Utopie Zwischen Humanismus Und Frühaufklärung, Heidelberg, Winter, 1986, chap. IV et V. Pour les caractéristiques de l’utopie du xviie siècle en général voir  aussi H.-G. Funke, Reise nach Utopia. Studien zur Gattung Utopie in der französischen Literatur. Münster, LIT, 2005, p. 121ss.

[7]

     Pour une analyse générique du texte, voir A. Göschl, « Utopische Vermessungsversuche. Überlegungen zur literarischen Raumkonzeption im Royaume d’Antangil », Zeitschrift für französische Sprache und Literatur, 130, n. 3, 2020, [sous presse].mettre à jour?

[8]

     Des comparaisons détaillées entre l’Histoire d’Antangil et l’Utopie de Moreont déjà été faites avec la réédition de l’Histoire en détail, cf. p.ex. F. Lachèvre 1933, op. cit., p. 13–20.

[9]

     L. Monga propose ce terme dans le contexte de la littérature de voyage, cf. « Travel and Travel Writing : A Historical Overview of Hodoeporics » Annali d'Italianistica, 14, 1996, p. 6–54.

[10]

   [nous soulignons] ; I.D.M.G.T., Histoire Du Grand Et Admirable Royaume D’Antangil, cité d’après l’édition de Lachèvre (1933); abrégé par la suite en HdA. Tous les soulignements ultérieurs (en italique) sont de notre fait.

[11]

   Pour les relations entre l’utopie et les voyages portugais cf. Vitorino Magalhães Godinho, « Entre mythe et utopie: les grandes découvertes: la Construction de l’espace et l’invention de l’humanité aux xve et xvie siècles », Archives Européennes de Sociologie,  32, no. 1, 1991, p. 3–52.

[12]

   Pour l’Itinéraire de Linschoten cf. A. Saldanha, « The Itineraries of Geography : Jan Huygen Van Linschoten’s Itinerario and Dutch Expeditions to the Indian Ocean, 1594–1602 », Annals of the Association of American Geographers, 101, n° 1, 2011, p. 149–177.

[13]

   Histoire de la navigation de Iean Hugues de Linschot Hollandois aux Indes orientales, Amsterdam, Theodore Pierre, 1610.

[14]

   Auparavant il existait d’autres publications comme le bref Verhael vande reyse by de Hollandtsche schepen gedaen naer Oost Indien, Middelburgh, Langenes, 1597 et le déjà plus élaboré Journael vande reyse der Hollandtsche schepen ghedaen in Oost Indien, Middelburgh, Langenes, 1598, tous les deux anonymes. La même année, le Journal Levinus Hulsius publie sa version allemande du Journal avec le titre Kurze Wahrhafftige Beschreibung der newen Reyse oder Schifffahrt, Nürnberg, Christoff Lochner, 1598.

[15]

   Cf. G. Masselman, The Cradle of Colonialism. Yale University Press, 1963, p. 111s.

[16]

   Une édition allemande a été publiée avec le titre Das ander Buch. Journal oder Tag-handelbuch. Lieu ? J. Johansz, 1601.

[17]

   Cf. J. Elvert, Europa, das Meer und die Welt: Eine maritime Geschichte der Neuzeit. Munich, Deutsche Verlags-Anstalt, 2018.

[18]

   Pour la réception de la Géographie de Ptolemée cf. E. Vagnon. «La Réception De La Géographie De Ptolémée En Occident Au XVe Siècle.» Hypothèses, vol. 6, no. 1, 2003, p. 201. Citer plutôt P. Gautier-Dalché, La Géographie de Ptolémée en Occident (ive-xvie siècle), Turnhout, 2009 (Terrarum orbis, 9).

[19]

   Cf. R. J. King, op. cit., p. 45–71.

[20]

   Cf. H. Wallis, «Java La Grande: The Enigma of the Dieppe Maps», Terra Australis to Australia. Ed. Thomas G. Williams, Melbourne: Oxford University Press in association with the Australian Academy of the Humanities, 1988, p. 38–81.

[21]

   HdA, p. 29.

[22]

   Cf. R. A. Skelton, Explorers’ Maps: Chapters in the Cartographic Record of Geographical Discovery, University of Michigan, Routledge, 1958, p. 21. Beach et Locac(h) sont très certainement deux variantes du même nom, qui se sont différenciées par des défauts de reproduction typographiques. (Ainsi, la lettre « B » devient « Lo », une autre confusion des lettres e et c explique les différents toponymes qui apparaissent désormais toujours en double.

[23]

   Pour ce qui est des fleuves d’Antangil nous nous référons surtout à la discussion de F. Lestringant, op. cit., p. 29 , aussi repris par M.-C. Pioffet, Geographiae imaginariae, Liminaire : L’imaginaire géographique et quelques-uns de ses paradoxes, Presses de l’Université Laval, 2011, p. 5–8.

[24]

   W. Lodewijcksz [G.M.A.W.L.], Premier livre de l’histoire de la navigation aux Indes orientales, par les Hollandois, et des choses a eux advenues… Amsterdam, Cornille Nicolas, 1598, p. 14s.

[25]

   Le changement de l’ordre discursif selon l’environnement spatial est tout à fait typique, comme le remarque S. Requemora-Gros : « L’espace de la mer coïncide avec le récit linéaire, la narration quotidienne, tandis que l’espace des terres accueille la description, l’inventaire, présentés en un seul bloc », dans « L’espace dans la littératuredDe voyages », Espaces classiques, 34, 1-2, 2002, p. 257.

[26]

   Cf.  C. Martínez, Mundos perfectos y extraños en los confines del «Orbis Terrarum», Buenos Aires ; Miño y Dávila, 2019, p. 20s.

[27]

   Le plus impressionnant pour les lecteurs contemporains est peut-être la description du roi d’Antongil, un portrait qui – en même temps représenté avec des modifications dans le Journal von der Reyse – sera dupliqué encore et encore pendant plusieurs siècles dans divers ouvrages de référence sur la région. L’apparence du roi est comparée à celle du diable par la couronne à deux cornes. Ce fut également le cas dans le Monstrorum historia cum Paralipomenis historiae omnium animalium d’Ulisse Aldrovandi, lieu ? auteur ?p. 99, publié à titre posthume en 1642, dans lequel la figure est encore plus stylisée, mais s’inspire évidemment de la représentation de voyage de 1598. Antongil comme pars pro toto pour Madagascar stimule donc aussi l’imagination des générations futures.

[28]

   Lodewijcksz, op. cit., p. 15.

[29]

   Linschoten, op. cit., p. 29s.

[30]

   Pour l’analyse approfondie des liens intertextuels pertinents, voir également W. Mahdi, Malay Words and Malay Things: Lexical Souvenirs from an Exotic Archipelago in German Publications Before 1700. Wiesbaden, Harrassowitz, 2007, 88s.

[31]

   À cet égard, il convient d’observer qu’il existe une différence étrange entre le texte et la cartographie en ce qui concerne le nombre de régions, remarque qui n’a pas encore été faite jusqu’à présent dans le domaine de la recherche. En effet, selon le texte, Antangil se compose de 120 régions, chacune ayant sa propre capitale. Toutefois, la légende n’indique étrangement que 118 régions.

[32]

   En fait, il existe déjà une brève version du dictionnaire dans le Journal de 1598, mais en ce cas aucun toponyme ne peut y être retrouvé. Cest aussi valable pour le premier dictionnaire de 1522, écrit par Antonio Pigafetta dans le contexte de l’expédition de Magellan. Cf. Alessandro Bausani, « The First Italian-Malay Vocabulary by Antonio Pigafetta », East and the West, 11, no. 4, 1960, p. 229–248. En effet, en 1603, le frère de l’amiral Houtman publie un grand dictionnaire, Houtman van Gouda, Frederick. Spraeck Ende Woord-Boeck, in De Maleysche Ende Madagaskarsche Talen, Met Vele Arabische Ende Turcsche Woorden. Cloppenburch, 1603.

[33]

   Cf. S. Requemora-Gros, op. cit., p. 249. Pour la constitution de la géographie comme sujet autonome voir N. Bouloux « Décrire le monde à l’âge de l’humanisme (xve siècle, Italie-France-Allemagne) », Astrolabe n° ? date ?, Émergences de la géographie, France/Italie, xive-xviie siècles [en ligne], shorturl.at/moxK4. Donner un lien valide

Référence électronique

Albert GÖSCHL , « Voyage entre la Baie d’Antongil et le Royaume d’Antangil. Les relations entre la littérature viatique et la première utopie française », Astrolabe - ISSN 2102-538X [En ligne], Géographies imaginaires, mis en ligne le 04/03/2025, URL : https://www.crlv.org/articles/voyage-entre-baie-dantongil-royaume-dantangil-relations-entre-litterature-viatique

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Table des matières

Présentation

2. L’imaginaire géographique dans la fiction viatique